Billet – Les temps morts

A paraître dans La Force des sages (juin 2013).

On sait que les travailleuses sociales doivent dorénavant mesurer de façon stricte le temps qu’elles prennent à entendre la douleur de leurs clients. On apprend maintenant que les pharmaciens de votre quartier doivent minuter le délai entre le dépôt de la prescription et la livraison des médicaments. Payez vite, monsieur, s.v.p. Bonjour les erreurs. Plus guère le temps d’y trouver un ami.

Dans ma vie professionnelle, j’ai animé de nombreuses rencontres et j’ai constaté régulièrement que c’est lors des pause-santé, parfois subtilement allongées, que les problèmes rencontrés lors de la réunion se réglaient comme par magie. On pourrait faire des constats semblables dans tous les métiers et professions. Les temps morts, ce sont des moments pleins de vie.

Coalitions : mode d’emploi

 

A paraître dans La Force des sages (AQDR) et paru sur les sites Vigile, l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

Quelles sont les conditions pour que les coalitions à caractère social (en particulier, syndicales et communautaires) perdurent et continuent à agir avec cohésion ?

Dans le passé, plusieurs coalitions sont mortes après quelques années et il existe de rares matériaux documentaires pour en faire l’autopsie. Je pense entre autres à Solidarité populaire Québec et au Réseau de vigilance. Solidarité populaire Québec, aux environs des années 1987 à 1993, a mené une extraordinaire démarche pédagogique mettant à contribution toutes les régions du Québec et tous les secteurs de la société dans l’élaboration de la Charte d’un Québec populaire. Le Réseau de vigilance, dans les années 2003 à 2006, a bâti une opposition vigilante, agissante et dérangeante face au projet de réingénierie néolibérale du gouvernement Charest.

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Les bons et les mauvais coups du gouvernement Marois

Paru sur les sites Vigile, L’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche. Paru aussi dans La Force de l’âge (AQDR) et sur le site Point Sud.

Voici une liste, non exhaustive, des bons et des mauvais coups, selon moi, du gouvernement Marois depuis son élection en septembre 2012 (en date de fin mars). J’y traite surtout, mais non exclusivement, du dossier santé. Les bons et mauvais coups ne sont pas classés par ordre d’importance. Poursuivre la lecture

Du côté de l’intériorité

Version enrichie, en juin 2005, en juillet 2010 et en avril 2011, d’un texte paru dans la revue Possibles en mai 1999. La revue Possibles m’a demandé un témoignage personnel sur l’intériorité. Alors, tout simplement, le voici.

A l’âge de 17 ans, j’ai perdu la foi catholique dont le petit lait m’avait nourri depuis mon enfance. C’était une religion plutôt culpabilisante, en particulier au chapitre de la sexualité, mais aussi une foi générant de grands élans d’enthousiasme. Pour tout dire, à l’âge de quinze ans, influencé par un père spirituel, je voulais devenir jésuite (je trouvais cependant difficile de concilier vocation religieuse et premières amours). A la fin de l’adolescence donc, abreuvé de Camus, exit la religion de mon enfance. Je ne me définissais alors non pas tant comme un athée — qui dit: Dieu n’existe pas — que comme un agnostique : du latin a-gnoscere, ne pas connaître: je ne sais pas si Dieu existe. Poursuivre la lecture

Assurance autonomie, qualité des services et impacts d’une possible privatisation accrue

A paraître dans Vie et vieillissement (AQG). Paru dans La Force des sages (AQDR), Vigile, Presse-toi-à-gauche, L’Aut’journal et Point Sud.

Contribution de Jacques Fournier, responsable du dossier santé à l’Association québécoise de défense des droits des retraités (AQDR), au panel du colloque de l’Association québécoise de gérontologie (AQG) sur l’assurance autonomie. Drummondville, le 22 mars 2013. Les panelistes pouvaient poser chacun une question au ministre Réjean Hébert à la suite de la présentation par le ministre de son projet.

Question au ministre M. Réjean Hébert

Monsieur le ministre,

Ma question porte sur la qualité des services qui seront offerts dans le cadre de l’allocation de soutien à domicile (ASA). Pour nous, à l’AQDR, la question de la qualité des services offerts est importante. Le personnel doit être bien formé, bien encadré, rémunéré de façon à ce que le taux de rotation ne soit pas trop élevé, etc. Nous nous demandons si une dispensation plus importante des services par le secteur privé nous permettrait d’atteindre les standards de qualité que nous recherchons. Poursuivre la lecture

Le maintien des aînés sur le marché du travail : quel est le but ?

Paru dans la Force des sages (AQDR) et dans le carnet des simplicitaires (RQSV).           

Question posée par Jacques Fournier, de l’AQDR, à deux des participants lors d’un panel concernant le maintien des aînés sur le marché du travail, au colloque organisé par l’Association québécoise de gérontologie (AQG), Drummondville, le 21 mars 2013. Texte à paraître dans le revue Vie et vieillissement (AGQ) et dans les publications de l’AQDR.

Je remercie les cinq panelistes de leurs exposés fort enrichissants et instructifs. Plusieurs des interventions entendues ce matin s’inscrivent dans le courant qui, à l’instar de M. Claude Castonguay, encourage le maintien ou le retour des aînés sur le marché du travail. Je voudrais apporter trois bémols à cette vision, dans une optique de recherche commune du bonheur (rien de moins !). Ma question (un peu longue, je m’en excuse) s’adresse en particulier à Mme Martine Lagacé et à M. Mustapha Bettache, dont les propos donnent ouverture à ma question.

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Les usagers écopent

Le Devoir – 21 mars 2013

Dans un texte de la rubrique Libre opinion publié le 19 mars, MM. Rayside et Bourdeau prennent la défense de l’opération « optimisation » des ressources humaines (méthode Toyota, inspirée du lean manufacturing) dans le réseau de la santé et des services sociaux. Ils allèguent qu’ils veulent « s’assurer que la population reçoive les soins auxquels elle est en droit de s’attendre indépendamment du niveau de ressources financières actuelles ». C’est là que le bât blesse. On ne peut faire abstraction du niveau des ressources si on veut réalistement chercher à atteindre les objectifs. Ce n’est pas sans raison que le personnel a le sentiment d’être « pressé comme un citron ». Partout dans le monde, les effets pervers de l’« optimisation » des ressources humaines sont documentés concernant la santé au travail : problèmes musculo-squelettiques, stress, burn-out, dépression, etc.

Contrairement à ce que laisse entendre le texte, ce ne sont pas seulement les syndicats qui s’insurgent contre la mise en place de la méthode Toyota. Des associations d’usagers ont aussi exprimé leurs inquiétudes, faits à l’appui. Je suis actif dans une association de défense des droits des retraités et nous avons reçu des témoignages éloquents de déshumanisation. Une intervention de 30 minutes, en suivi d’un deuil, est-ce acceptable ? Oui, il faut améliorer l’organisation du travail dans le secteur public, mais en respectant les codes de déontologie et l’éthique publique. […] Étrangement, la libre opinion de MM. Rayside et Bourdeau ne mentionne pas la firme Proaction, très impliquée dans les établissements concernant l’« optimisation » et qui fait l’objet d’une enquête ministérielle au sujet d’un contrat d’informatisation.

Jacques Fournier – Montréal, le 19 mars 2013

Faut-il réhabiliter la ruse ?

Paru dans La Force des sages (AQDR), avril 2013.

Durant mon enfance judéo-chrétienne, la ruse n’était pas valorisée. C’était un défaut. Les rusés étaient perçus comme des personnes à double visage, manquant de franchise. Encore aujourd’hui, je vois, par exemple, les spéculateurs, ceux qui ferment des usines et font des mises à pied pour augmenter à court terme les dividendes des entreprises comme des personnes rusées, malhonnêtes, peu fréquentables. De même, ceux qui abusent, de façon déloyale, des personnes âgées pour leur extorquer de l’argent me hérissent.

Mais il y a peut-être une autre façon de voir la ruse. Je lis présentement beaucoup sur mes héros préférés de la Grèce antique, Achille et Ulysse, deux des protagonistes de l’Iliade et de l’Odyssée (Coalitions : quand deux cultures cohabitent).

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Billet – Un plan d’affaires ?

Billet paru dans La Force des sages (AQDR), avril 2013.

Concernant le projet de modernisation de l’hôpital Lachine, on lit dans les médias que le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) devra d’abord présenter un « plan d’affaires ». Est-ce à dire que cet hôpital fait des affaires ? N’est-ce pas plutôt un établissement public tenu d’avoir un « plan de développement » ? C’est incroyable comme le vocabulaire du commerce est en train de s’insinuer dans tous les recoins du discours public, même si ce n’est ni approprié ni pertinent. Et on s’étonne des glissements éthiques dans les services publics.

mars 15, 2013 · Classé sous Santé et services sociaux

Billet – Sur une phrase de Georges Bernanos

Dans Sous le soleil de satan (1926), le grand écrivain français Georges Bernanos (1888-1948) a écrit ceci : « La mort n’a pas grand chose à apprendre aux vieilles gens ». Cette phrase me tourne dans la tête depuis ma lecture récente de ce roman. Que de sagesse!

Les personnes âgées ont vécu, chacune, un certain nombre de malheurs, de difficultés. Elles en ont vu d’autres, comme on dit. Elles savent qu’on peut parfois changer des choses quand on y met de l’énergie et que ce sont des circonstances ou des événements non inéluctables, sur lesquels nous avons parfois un peu de pouvoir. Mais elle savent par contre qu’on ne se bat pas contre la fatalité, l’inévitable, comme la mort. Cette phrase de Bernanos me donne, personnellement, beaucoup de paix.

Georges Bernanos

Georges Bernanos

mars 12, 2013 · Classé sous Philosophie