Splendeurs et misères du syndicalisme québécois d’aujourd’hui

Présentation faite par Jacques Fournier

lors d’un panel organisé par les Amis du Monde diplomatique, section de Montréal,

jeudi soir le 20 janvier 2005, au CEGEP du Vieux-Montréal

(L’auteur a été membre pendant sept ans de l’exécutif du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CLSC Longueuil-Ouest (FSSS-CSN) durant les années ’80; il est présentement membre du comité de son syndicat qui s’occupe de la loi 30, la fusion des accréditations)

En réponse à la question qui nous est posée ce soir «  Le syndicalisme est-il encore un instrument de progrès social? », j’ai intitulé mon texte : splendeurs et misères du syndicalisme québécois d’aujourd’hui. Le syndicalisme québécois vit à l’heure actuelle des moments difficiles. Mais si on le compare à ce qui se passe dans d’autres sociétés, il est relativement bien portant, comme nous le verrons tout à l’heure. Je voudrais ce soir brosser avec vous un portrait sommaire des forces et des faiblesses du syndicalisme québécois d’aujourd’hui. Je traiterai davantage du secteur de la santé et des services sociaux, tout simplement parce que je connais mieux ce secteur. Quatre pistes d’action seront proposées.

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La zone de confort

Interaction communautaire,  janvier 2005

“Le discours qu’on nous tient sur l’importance

de s’adapter au changement est à la fois stupide et dangereux.

La seule manière d’arriver à gérer le changement est d’en être l’instigateur”.

– Peter Drucker

Une phrase circule beaucoup, présentement, dans le réseau de la santé et des services sociaux : « Il faut sortir le personnel de sa zone de confort pour qu’il adhère aux changements ».

Cette phrase passe-partout manifeste une grande sensibilité, on s’en doute, à l’égard des intervenantes et intervenants qui se perçoivent à bout de souffle, écrasés par la surcharge de travail et les listes d’attente, bref « la broue dans le toupet ».

Mais cette phrase a un petit côté culpabilisant. En l’entendant, l’intervenant se demande : suis-je bloqué? Est-ce que je refuse le changement nécessaire? Suis-je un dinosaure?

Alors, l’intervenant, pour mieux comprendre, regarde autour de lui. Que constate-t-il? Il observe le teint verdâtre de plusieurs cadres, épuisés. Ces derniers, en plus de participer aux habituelles réunions de comités de gestion, doivent s’impliquer dans les réunions des comités de réorganisation ou de pilotage créés pour mettre en marche les fameux « projets cliniques ». Comme les cadres sont de moins en moins disponibles, les intervenants ont de la difficulté à les rencontrer pour recevoir de l’appui et de l’encadrement professionnel, accroissant ainsi leur sentiment d’épuisement.

C’est alors que l’intervenant entend parler des « champions ». Les champions, ce sont ceux qui vont aider à faire de la réforme Couillard une réussite. Un champion, c’est, tout simplement, un leader. Pourquoi ne pas dire leader plutôt que champion? Cela fait partie du marketing. Il y a un petit côté Walmart dans le mot « champion » Pourrions-nous éventuellement devenir des « associés »?

L’intervenant qui veut comprendre davantage se tourne alors vers les groupes communautaires. Il entend dire que les groupes ne sont pas chauds à l’idée des « projets cliniques ». Ces mots leur « hérissent le poil »  et ne font pas partie de la culture des groupes communautaires. Par contre, ce sont des mots employés fréquemment dans la culture hospitalière. Comme les groupes sont appelés à s’impliquer dans les « projets cliniques » comme partenaires, on se demande à quoi pensaient ceux qui ont choisi les termes « projets cliniques ». Les groupes auraient été à l’aise avec « projets de développement ou de transformation sociale », ou quelque chose du genre.

Que faire alors? Sur le ton de l’humour, on pourrait renverser la proposition. On pourrait travailler à sortir le ministre Couillard de sa « zone de confort » (gros contrat!). Car quand on parle de réingénierie, de recherche d’efficience, on cesse de revendiquer un meilleur financement du réseau, en particulier des services à domicile, mais des autres secteurs également. Et cela donne un grand sentiment de confort au ministre lorsque l’on cesse de parler de la nécessité de développements budgétaires.

On pourrait travailler aussi à sortir certains technocrates régionaux et nationaux de leur « zone de confort », bien installés qu’ils sont à laisser défiler le ronron de leurs certitudes technocratiques. Pouvoir, quand tu nous tiens!

Et voilà qui nous ramène à notre beau programme pour les intervenantes et intervenants : résister et construire.

janvier 23, 2005 · Classé sous Santé et services sociaux