Différentes façons de mourir

Point Sud, nov. 2008

A l’approche de novembre, le mois des morts, voici quelques réflexions sur la mort de trois personnes qui me sont proches, mon père, ma mère et ma sœur aînée. Mon père et ma sœur aînée sont décédés dans la sérénité, ma mère dans l’angoisse.

A l’âge de 89 ans, mon père vivait en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Je lui demande : « Est-ce que je renouvelle votre abonnement à La Presse, papa? – Non, je ne suis plus capable de tourner les pages. – Voulez-vous que je vous abonne au Journal de Montréal, dont le format est plus petit? – Non, en fait, je ne m’intéresse plus aux nouvelles. » Il avait décidé de décrocher.

D’habitude, lors des visites, il n’était pas pressé de me voir partir. Soudain, il me dit : « Quand tu voudras, pars, ne te sens pas obligé de rester longtemps ». Il n’avait plus trop envie d’avoir des longues visites. En fait, il avait décidé qu’il avait assez vécu et il voulait mourir. Il cessa de manger suffisamment, cherchant à s’affaiblir. Il s’hydratait bien mais ne mangeait presque plus. Il est parti rapidement, sans stress, comme un petit oiseau, durant sa sieste de l’après-midi.

A l’âge de 86 ans, ma mère eut une maladie grave et fut finalement placée en CHSLD elle aussi. Elle y vécut un enfer pendant huit ans, non pas à cause de l’hébergement en CHSLD mais à cause de ce qui se passait dans sa tête. Elle était angoissée, craignant sans raison de « perdre sa place au CHSLD ». Elle n’aimait pas les vêtements adaptés à sa faible mobilité. Elle avait de la difficulté à voir et à entendre. Ce furent huit années de souffrances inutiles. Elle voulait se suicider en buvant ce qu’elle avait à portée de la main, comme de la mousse de bain. Elle me demandait une « petite pilule pour l’aider à partir », ce que le consensus social ne permet pas. Et il faudrait avoir un bon débat social approfondi à ce sujet. Finalement, elle est morte à l’âge de 94 ans, anxieuse et malheureuse.

Ma sœur aînée Marthe était religieuse et infirmière. Elle accompagnait ses consoeurs au moment de leur décès, entre autres en soins palliatifs. Elle me disait : « Quand je vois que la mort approche, je leur caresse l’intérieur de l’avant-bras ». Au moment de son décès, j’étais présent, ainsi que ma mère et ses consoeurs proches. Lorsqu’arrivèrent les derniers moments, je lui ai longuement caressé l’intérieur de l’avant-bras. Elle est partie, à l’âge de 60 ans, dans la quiétude.

Bien sûr, nous voudrions tous mourir dans une sérénité relative, mais il semble que l’on ne choisisse pas toujours.

novembre 23, 2008 · Classé sous Philosophie, Questions sociales

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