Y a-t-il une corrélation entre les revenus et le bonheur ?

Paru dans le journal communautaire Point Sud, la Force des s@ges (AQDR) et dans la revue Simpli-cité (RQSV).

Retenez bien la réponse à la question suivante, au cas où elle vous serait posée lors d’un quiz scientifique télévisé. Q. L’argent fait-il le bonheur? R. Une augmentation de revenus fait le bonheur des pauvres mais, au-delà d’un certain seuil (peu importe ce seuil), la croissance du revenu n’augmente pas le sentiment de bonheur.

Le principal rôle de la richesse dans le bonheur est d’apporter la sécurité.

Renaud Gaucher, qui a une triple formation d’historien, de psychologue et d’économiste, a étudié la question des liens revenus-bonheur dans son livre «Bonheur et économie : le capitalisme est-il soluble dans la recherche du bonheur ? » (L’Harmattan, 2009, 117 pp.). Voici ses grandes conclusions.

Lorsque les revenus d’une personne sont bas, une augmentation du revenu augmente le bonheur (tel qu’auto-mesuré par la personne elle-même selon des questionnaires d’évaluation reconnus). A partir d’un certain seuil, l’augmentation des revenus n’accroît pas le bonheur. Ce seuil varie selon les chercheurs. En 2001, les chercheurs Frey et Stutzer l’ont évalué à 10 000 $ US. Layard, en 2007, l’a chiffré à 20 000 $ US. Ce n’est pas le montant qui est important mais le concept de seuil. Au-delà d’un certain revenu, le bonheur ne croît plus. Dans un pays riche, il faut donc minimiser la pauvreté pour accroître le bonheur, et non pas faire croître les revenus des riches.

Burri et Priester (1997) ont montré qu’en Suisse, entre 1992 et 1994, le niveau de bonheur a augmenté avec les revenus, à une exception : ceux qui gagnent 5000 francs suisses par mois sont moins heureux que ceux qui gagnent entre 4000 et 5000 francs suisses. Diener et al. (1993) ont étudié la relation bonheur-revenu aux USA entre 1981 et 1984. Ils ont constaté que le bonheur s’accroît avec les revenus mais qu’à partir de 15 000 $, le revenu a un effet très faible sur le bonheur.

Frey et Stutzer (2002) ont calculé qu’aux USA, si le revenu par tête a été multiplié, de 1946 à 1991, par 2,5, passant de 11 000 $ à 27 000 $, le taux moyen de bonheur déclaré, sur une échelle de trois points, est tombé de 2,4 à 2,2. Au Japon, entre 1958 et 1991, le revenu par tête a été multiplié par 6, alors que les indices de satisfaction sont restés à peu près les mêmes sur toute la période.

Renaud Gaucher rapporte que, selon diverses études, il y a des personnalités plus aptes au bonheur. L’extraversion (plutôt que l’introversion) est fortement corrélée au bonheur, de même que l’optimiste, le contrôle interne et l’estime de soi. Les personnes heureuses sont surtout celles qui ont pour valeurs centrales le développement personnel, l’intimité et la participation à la communauté, alors que les personnes qui organisent leur vie autour de l’argent, la possession, l’image et le statut ont moins tendance à être heureuses.

Il y a deux catégories de consommateurs : les « satisfaiseurs », qui cherchent un produit qui les satisfait, et les « maximiseurs », qui cherchent le meilleur produit. Swchartz et al. ont fait passer un test à 1700 personnes : les « maximiseurs » sont moins heureux qu les « satisfaiseurs ».

Le fait de se comparer influe sur le bonheur. Ainsi, Solnick et Hemenway (1998) ont fait une étude auprès d’étudiants. Ils leur ont demandé de choisir entre deux possibilités. Option A : ils gagnent 50 000 $ par an et les autres, en moyenne 25 000 $. Option B : ils gagnent 100 000 $ par an et les autres, en moyenne 250 000 $. La majorité a choisi l’option A, préférant gagner moins en chiffres absolus, mais devancer les autres.

Cependant, dans la même étude, ils ont fait choisir aux étudiants entre deux autres options. Option A : deux semaines de vacances pour toi et une seule pour les autres. Option B : quatre semaines de vacances pour toi et huit pour les autres. La majorité a choisi l’option B, même si les autres y sont plus favorisés qu’eux.

Le livre de Renaud Gaucher fourmille de corrélations intéressantes. En synthèse :

– la richesse n’est qu’un déterminant parmi d’autres du bonheur;

– la pauvreté diminue beaucoup plus le bonheur que la richesse ne l’augmente;

– à partir d’un certain seuil, la richesse n’a presque plus d’influence sur le bonheur;

– les inégalités économiques vont à l’encontre du bonheur sans que l’égalité économique soit la solution optimale;

– le principal rôle de la richesse dans le bonheur est d’apporter la sécurité.

Note : une corrélation n’est pas une cause. C’est un rapport réciproque entre deux notions.

février 3, 2011 · Classé sous Questions sociales, Simplicité volontaire

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