Qu’est-ce qui est bon ?

Paru dans Le Passeur, revue de la Fédération québécoise du loisir littéraire, no 27, mars 2011.

Enfant, quand il ne voulait pas goûter un nouveau plat, sa mère lui disait : « Tu ne sais pas ce qui est bon ». Alors, il essayait. Et il découvrait que sa mère avait parfois raison de le bousculer un peu, de le forcer à sortir de ses habitudes.

Un jour, son père l’amena se promener en forêt.

Un jour, son père l’amena se promener dans la forêt et il eut soif. Il dit à son père : « Je boirais bien un Coke ». Son père lui présenta une gourde d’eau et lui dit : « Tu ne sais pas ce qui est bon. C’est l’eau qui désaltère vraiment ». Et il constata que son père connaissait probablement mieux que lui les vertus de l’eau. Il se sentait bien auprès de ce père un peu bourru.

Il avait quarante ans lorsque, faisant la file à une caisse d’épicerie, il constata que la cliente qui le précédait, une jeune fille d’environ 18 ans, n’avait pas d’argent pour payer. Il s’offrit spontanément à lui prêter de l’argent, une très petite somme en fait, car la jeune fille semblait démunie et paniquée.

A la sortie de l’épicerie, la jeune fille lui dit : « Venez demain au parc municipal, vers 13 heures, sous la statue principale, et je vous rembourserai ».

Intrigué, il se rendit au rendez-vous, mais sans illusion, car il ne se préoccupait pas vraiment de récupérer la somme prêtée. Le soleil irradiait de tous ses feux. La fille était bel et bien là. Elle était encore plus belle qu’à l’épicerie et plus sûre d’elle-même. Elle avait une robe bleue et des yeux de la même eau. Mais au lieu de lui remettre l’argent prêté, elle lui offrit de la drogue, sous forme d’une pilule. L’homme refusa. Elle lui dit : « Vous ne savez pas ce qui est bon ».

Au lieu de s’en aller, l’homme lui demanda tout de go : « J’aimerais t’embrasser ». Alors, sans plus de cérémonie, elle l’enlaça tendrement et lui donna un baiser profond, goulu, moelleux, juteux, qui dura près de cinq minutes, là, dans le parc, debout devant la banale statue d’un héros oublié. L’eau de sa bouche avait une saveur incomparable. « Je crois que je sais maintenant ce qui est bon », lui dit-il. Il n’y eu aucune suite à cet étrange rendez-vous.

mars 28, 2011 · Classé sous Textes créatifs et nouvelles

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