Réflexions sur la « mort sociale » de certains retraités

Paru dans la Force de l’âge (AQDR).

A la rencontre montréalaise du Forum inter-générationnel, tenue le 19 février à l’initiative de l’Institut du Nouveau Monde (INM) et de nombreux autres partenaires, j’ai eu la chance de participer à un atelier où le gérontologue Jean Carette nous a résumé le concept de « mort sociale » dans le cas des retraités.

Comment expliquer que de nombreux retraités s’ennuient, trouvent leur existence peu intéressante, se sentent isolés et arrivent peu à s’intéresser à des loisirs et autres activités ? Des études démontrent que ce sont leurs conditions sociales antérieures et la nature de leur travail qui génère cette attitude.

Ce sont des personnes, cols bleus ou cols blancs, entre autres, qui ont effectué un travail monotone, répétitif, routinier, où elles n’avaient pas le droit de prendre des initiatives et dont le travail était hyper-contrôlé. Elles ont vécu dans la subordination. Comme elles n’avaient pas d’autonomie à cette époque, elles n’en en pas davantage à la retraite. Ce n’est pas de la « mauvaise volonté » de leur part, c’est qu’elles n’ont pas appris à prendre des initiatives, ou très peu. De plus, elles ont toujours été dans l’impossibilité de prévoir et de planifier leur avenir à cause de la précarisation du marché du travail.

Ces personnes sont usées par la vie. Aller en voyage ? Cela représente presque une agression pour elles parce que cela dérange leur routine. D’une certaine façon, il est trop tard pour changer fondamentalement les choses dans leur cas. C’est toute l’organisation du travail qu’il faudrait métamorphoser pour éviter la « mort sociale » des retraités. Il faudrait faire en sorte que les emplois soient créatifs, que les employés aient le droit de prendre des initiatives et de développer leur autonomie.

Que faire pour mitiger quelque peu la « mort sociale » ? Il faut valoriser ces personnes dans leurs connaissances. Vous avez une bonne recette ? Donnez-la moi ! Vous savez quelques mots d’espagnol ? Enseignez-nous les ! Il faut aussi partir des besoins physiques, de base, de ces personnes. Favoriser que ces personnes échangent avec des jeunes à qui elles pourront transmettre quelques trouvailles. Construire à partir de petites choses leur motivation à bouger, à sortir de leur isolement.

Les études montrent que les femmes souffrent un peu moins de « mort sociale » que les hommes car elles ont souvent pu développer certaines habiletés interrelationnelles et de la débrouillardise, à cause des conditions dans lesquelles elles ont vécu et parce qu’elles ont valorisé autre chose que le travail rémunéré dans leur vie.

La « mort sociale » survient parce que le monde du travail, tel qu’il est organisé dans de trop nombreux cas, ne respecte pas et ne permet pas le développement de l’autonomie et de la créativité de la personne.

Pour en savoir plus :
Anne-Marie Guillemard, La retraite, une mort sociale, Mouton Lahaye, Paris, 1972.
Jean Carette, Manuel de gérontologie sociale, tomes 1 et 2, Gaétan Morin, Montréal, 1992.

 

avril 15, 2011 · Classé sous Questions sociales

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