Est-il encore utile d’aller manifester?

Paru dans le journal communautaire Point Sud et dans la Force des sages (AQDR)

Depuis que je suis à la retraite, je participe davantage à des manifestations : contre la taxe santé uniforme de 200 $ (budget Bachand), contre la privatisation des ressources publiques d’hébergement, pour la défense de la langue française, pour une réforme du mode de scrutin (scrutin proportionnel), pour la fin de l’occupation illégale des territoires palestiniens par Israël, etc. Les bonnes causes ne manquent pas.

Un petit nombre de mes amis me disent : « Ça ne sert à rien d’aller manifester, Jacques. Les gouvernements font la sourde oreille. Aujourd’hui, il faut employer des moyens plus modernes pour manifester notre désaccord. » Ont-ils raison?

Personnellement, je crois que les manifestations font toujours partie de la panoplie des moyens démocratiques dont nous disposons pour faire valoir notre point de vue, au même titre que les pétitions, les mémoires soumis au gouvernement, les lettres aux députés et aux journaux, les tribunes radiophoniques, les médias communautaires et indépendants, les médias sociaux comme Facebook, les blogues, etc. Aucun de ces moyens n’est inutile. Les gouvernements font semblant qu’ils sont insensibles ou indifférents à ces divers moyens mais, en pratique, ils ont des attachés politiques qui calculent le nombre de manifestants et le nombre de pétitionnaires, qui scrutent les lettres aux média, etc. Tout est comptabilisé et transmis de façon synthétique aux ministres.

Ce qui me décourage, dans le contexte actuel :

  1. Certains médias, comme La Presse, propriété de la richissime famille Desmarais (Gesca), avec mauvaise foi, taisent la tenue de plusieurs manifestations. Ou ils en parlent seulement pour faire état des dérapages et de la présence de quelques casseurs cagoulés (ce que je n’approuve pas, parce que c’est un peu naïf de se cagouler ainsi, les policiers connaissent chacun des cagoulés). Une manifestation au printemps dernier a réuni à Montréal 55 000 personnes et La Presse a malhonnêtement titré « Dix arrestations ». Nous sommes dépossédés de nos médias de masse. Le Québec est un des pays où la concentration de la presse est la plus forte. Méfiez-vous quand vous lisez les grands médias contrôlés par les possédants. Branchez-vous sur des sources diversifiées

 

  1. Parmi les cagoulés qui ont manifesté, deux étaient probablement sur la liste de paie de la Gendarmerie royale à titre de provocateurs. Lors du Sommet de Montebello en 2007, des policiers infiltrés parmi les manifestants ont tenté de lancer des pierres : cela a été filmé www.dailymotion.com/video/x8wad5_les-casseurs-etaient-des-flics_news . Lors du G20 de Toronto, la police fédérale avait infiltré au plus haut niveau le comité organisateur. La provocation d’actes criminels est souvent planifiée par la police. C’est la même chose dans les autres pays. Je ne suis pas paranoïaque. J’aime bien la phrase : « Tout le monde a des ennemis, même les paranoïaques !”

Je crois qu’il est malgré tout important de continuer nos manifestations démocratiques. Le printemps arabe, c’est essentiellement la population qui manifeste dans les rues. Autant il faut nous prévaloir de notre droit de vote, autant il faut utiliser notre droit de manifester dans le calme et la dignité, malgré les provocateurs rémunérés, pour plusieurs, par la police.

Une dimension importante pour moi : j’aime aller manifester parce que j’y rencontre des amis qui vivent la même colère que moi et qui ont choisi de s’exprimer. Il m’est arrivé de revoir, dans une manif, des personnes que je n’avais pas vues depuis 10 ou 20 ans. Allez hop ! On échange nos courriels ! Alors je vous attends : venez me dire bonjour à la prochaine manifestation contre le gouvernement Charest qui ne fournit pas des services acceptables aux aînés !

juillet 19, 2011 · Classé sous Questions sociales

Les commentaires sont fermés.