La mort : la fin d’un banquet ?

 Paru dans le bulletin électronique mensuel de l’AQDR

« La vie est un banquet et la seule question qui se pose est celle de notre appétit ». Ces propos ont été tenus par le sage Lin Yutang (1895-1976), un lettré chinois pétri de culture occidentale, dans son merveilleux livre L’importance de vivre (Éditions Philippe Picquer, 1937).

Ne pas cesser de nous émerveiller (cathédrale de Monreale, Sicile)

Cette phrase m’est revenue en tête à l’occasion d’un cours donné par le professeur Pierre Senay, 78 ans, auparavant professeur d’archéologie et d’antiquité grecque et romaine à l’Université du Québec à Trois-Rivières, et maintenant professeur au Service 3e âge du Collège Maisonneuve. Le professeur Senay nous parlait du poète latin Horace qui a vécu de l’an 65 à l’an 8 avant notre ère.

Horace, que le professeur Senay appelle « mon maître », a écrit ceci, qui rejoint les propos du sage Lin Yutang : il faut vivre heureux et, le temps venu, quitter la vie comme un convive rassasié quitte un banquet. Il est intéressant de voir que les deux sages sont sur la même longueur d’ondes à vingt siècles d’intervalle. Voilà une façon sereine d’envisager la mort.

Attention : évitons les malentendus. Quand Lin Yutang parle d’avoir de l’appétit devant la vie, il ne veut évidemment pas dire de nous goinfrer égoïstement. Il veut plutôt nous inviter à ne pas cesser de nous émerveiller devant les possibilités qu’offre une vie bien remplie et généreuse, malgré les malheurs inévitables et les difficultés.

Horace nous propose une philosophie pleine de sagesse. Il évoque constamment la béatitude d’exister : « Pendant que nous parlons, voilà que le temps jaloux a fui : cueille le jour (carpe diem), sans te fier le moins du monde au lendemain » (Ode I, 11).

Horace nous invite à la modération et au juste milieu. Pour lui, les craintes et les désirs sont des maladies de l’âme. Il dit que notre sagesse et notre bonheur dépendent de notre seule force, et non de celle des autres. Il nous invite à garder notre liberté de jugement en toute occasion. Il dit qu’une vie exemplaire se fonde sur des engagements multiples.

Joyeux vivant, fêtard, Horace disait : « Maintenant, il faut boire, maintenant il faut d’un pied libéré, frapper la terre… » (Ode I, 37), c’est-à-dire danser : la danse, pour les Romains, avait pour but, en frappant la terre, d’éveiller les ancêtres et de les inviter à partager nos activités… Je ne pense pas qu’aujourd’hui, en dansant, on se souvienne de cette lointaine signification de la danse.

Merci, professeur Senay, de m’avoir fait découvrir Horace.

décembre 8, 2011 · Classé sous Philosophie

Les commentaires sont fermés.