Saint-Valentin 2014 – La farandole des jeunes amours

Une courte nouvelle, parue dans La Force des sages (AQDR), édition du 1er février 2014.

Il se souvient de ses premières blondes par paires. Il ne sait pas vraiment  pourquoi. L’une s’effaçait, l’autre arrivait. Il était donc toujours en amour. Il ne pouvait vivre une seule seconde sans être en amour. Parfois, c’est lui qui gommait l’une et l’autre arrivait rapidement, au galop. Parfois, c’est l’une qui choisissait de le radier de sa vie, ne lui laissant pas le choix de tomber en amour à toute allure avec l’autre. Vous direz : immature, trop jeune, il ne savait pas choisir, décider, s’engager. C’est qu’il y en avait trop, qu’elles étaient toutes belles, délicieuses ou intéressantes ou les trois. Il aimait aimer l’amour.

Dessin avec St-Valentin

Nicole et Danielle. Louise et Geneviève. Pauline et Christine. Et ces paires se liaient entre elles, inlassablement, comme dans une farandole infinie. Elles avaient 14 ans et lui 15. Nicole lui disait souvent : prends le temps de savourer, mange plus lentement. Elle avait bien raison. Il voyait le visage de Danielle quand il regardait les nuages dessinés dans le ciel : son premier test de Rorschach. C’est après l’avoir rencontrée qu’il a renoncé à sa vocation religieuse. Il apercevait parfois, brièvement, le temps d’un éclair, la petite culotte blanche de Louise quand elle s’assoyait dans l’herbe. Il était convaincu que c’était l’une de sept Merveilles du monde. Geneviève était dans le mouvement des guides et ils parlaient sagement de scoutisme. Mais il aimait bien danser langoureusement avec elle au son de Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy. Il désirait déjà épouser Pauline mais elle tenait bêtement à terminer ses études d’abord. Christine à qui c’était si bon de donner des french kiss et il se demandait quoi faire d’autre dans le vie que de l’embrasser goulument et inlassablement.

Michèle et Sylvie. Anne et Françoise. Catherine et Marie. Elles avaient 17 ans et lui 18. Michèle dont les petits seins ne remplissaient le soutien-gorge qu’avec l’aide de coussinets. Gros comme des oeufs au miroir, ils étaient tendres au superlatif. Sylvie voulait toujours aller au théâtre plutôt qu’au cinéma. Il aimait pourtant tellement tenir sa main dans le noir devant le grand écran. Anne lui demandait de l’aide pour faire ses travaux pratiques en biologie mais il constatait très vite qu’elle en savait plus que lui en la matière. Il prit rapidement conscience que Françoise était en fait amoureuse de l’un de ses frères et qu’il était le substitut. Pour lui, elle n’était pas un succédané, il l’aimait. Une histoire impossible. Quand Catherine et lui se baladaient en vélo, il sentait sur son corps un petit vent frais qui était le comble du bonheur. Marie avait des yeux si étincelants et doux qu’ils lui caressaient le visage.

L’une s’effaçait, l’autre arrivait à la hâte. Et ces paires se liaient entre elles, inlassablement, comme dans une farandole infinie. Il était toujours en amour. Il ne pouvait vivre une seule seconde sans être en amour. Il aimait aimer l’amour.

Pour la nostalgie, voir seize chroniques de la Saint-Valentin, parues entre 1994 et 2009, dans Le Devoir, La Presse, etc.

http://archives.aqdr.org/v_les_ecrits_de/w_fournier/saint_valentin.pdf

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