Quelques extraits du livre « Contre-pouvoirs – De la société d’autorité à la démocratie d’influence »

Paru dans La Force des sages (AQDR) en septembre 2014.

Voici un livre plein d’idées et d’analyses originales sur la démocratie, les contre-pouvoirs, les valeurs, les réseaux sociaux, le soft power, etc.  Par Ludovic François et François-Bernard Huyghe, éd. Ellipses, 2009, 134 pp.

Présentation sur la 4e de couverture

« Cet ouvrage est consacré à la démocratie d’influence révélée a contrario par les stratégies des groupes contestataires et des contre-pouvoirs face aux institutions. Les auteurs analysent les glissements d’une société d’autorité vers un système où il faut d’abord convaincre et séduire, mais aussi formater les mentalités pour agir sur les hommes et préparer ainsi l’avenir collectif ».

Premier extrait: sur le retour de l’autorité

« Certes, l’autorité revient dans le discours politique contemporain, sur le mode nostalgique : comme quelque chose de naturel qui aurait été oublié ou qui serait menacé par l’individualisme postmoderne. De la même façon que le travail ou la récompense du mérite, la valeur-autorité aurait été victime de l’égarement utopiste.  Au moment où nous écrivons ces lignes, commencent les « célébrations » du 40e anniversaire de Mai 68. La tonalité générale des commentaires semble être : Mai 68 a échoué politiquement et réussi culturellement. Les commentateurs se félicitent globalement que Mai n’ait pas changé le système politique, n’ait pas vraiment remis en cause le capitalisme, l’ayant plutôt contraint à se relooker, mais qu’il nous ait débarrassés de « rigidités » ou d’archaïsmes de la société du « Oui papa, Oui patron, Oui chéri » (p. 14).

Deuxième extrait: sur les faiblesses de la délibération dans les réseaux sociaux

« Internet est, dit-on souvent, un lieu de débat où tout un chacun peut s’exprimer. C’est vrai mais quel débat ? Des communautés en ligne regroupées par un intérêt (souvent provisoire) et des réseaux sociaux se forment et se défont mais cela ne crée pas les conditions de l’espace public et de l’éthique de la discussion chères à Habermas. De nombreuses études soulignent la persistance des autismes, la tendance à soutenir un point de vue prédéfini et à ne se connecter qu’avec des partisans du même avis, la difficulté de produire un point de vue issu d’une véritable délibération, le manque de recul, l’adoption du modèle de la souveraineté économique (on vote, comme on consomme, d’un clic), le caractère superficiel des engagements dans un monde d’identités changeantes et de connexions temporaires… » (pp. 23-24).

Troisième extrait : sur les limites du soft power

« Pourquoi les gens qui portent des Nike et regardent les films d’Hollywood font-ils le jihad (combat) ? Cette question obsède les milieux dirigeants américains : la prédominance dans le domaine militaire, économique, diplomatique ou culturel, ne garantit aucun « élargissement » planétaire du modèle américain. Quant à la compassion qui s’est manifestée au soir du 11 Septembre, elle s’est vite transformée en une montée d’anti-américanisme sans précédent, montée à laquelle ni « diplomatie publique » ni tentatives de séduction n’apportent de remède.

« Les États-Unis découvrent que l’on peut progresser en puissance sans gagner en capacité de propager chez autrui les comportements et attitudes favorables à ses desseins. Du moins pas hors du cercle des élites politiques et économiques, cette nouvelle classe qui confond facilement mondialisation et américanisation, ses intérêts et ceux de la puissance dominante » (p.44).

Je vous en recommande la lecture !

 

En réserve de la République

Lettre parue dans Le Devoir (édition papier) du 10 avril 2014

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/405091/en-reserve-de-la-republique

Paru dans La Presse, édition électronique, 10 avril 2014

http://plus.lapresse.ca/screens/43b0-2668-5345667a-8ee7-76dbac1c6068%7C_0.html

Paru aussi sur Vigile et Presse-toi-à-gauche.

En 1946, Charles de Gaulle s’est mis en réserve de la République. En 1958, il est revenu sur le devant de la scène. Je crois qu’il faut prendre acte des résultats des élections du 7 avril et mettre l’idée d’indépendance en « en réserve de la République » pour quelques années.

Après avoir fait un vigoureux bilan, le PQ ne devrait pas modifier sa raison d’être, son article premier. De même, Québec solidaire ne devrait pas abandonner l’un de ses fondements. L’attente sera frustrante, mais, comme peuple, on en a vu d’autres. Pas de panique ! De facto, le PQ et QS vont rejoindre, sous ce rapport, la Coalition avenir Québec dont le moratoire sur la question nationale devra bien se terminer un jour.

D’ici là, Philippe Couillard va aller se colleter avec Ottawa et recueillir frustration sur frustration, que ce soit dans le dossier du péage sur le pont Champlain ou dans mille autres dossiers. Sa fierté canadienne va s’éroder au test de la réalité.

Nous, les souverainistes, nous continuerons pendant ce temps à mettre de l’avant les vertus de l’indépendance de façon confiante, sereine, tenace, modeste, sobre, délicate, feutrée, polie, retenue et réservée comme « en réserve de la République ».

Le marketing nous dicte-t-il des attitudes à notre insu ?

Billet paru dans La Force des sages (AQDR) (mai 2014).

J’ai eu l’occasion dans un texte antérieur de parler d’un article de Mme Florence Piron. Dans la dernière édition de L’État du Québec 2013-2014, publiée par l’Institut du nouveau monde (INM) et éditée chez Boréal,  le texte « Le débat public à l’ombre du management », de Florence Piron, fait ressortir que les consultations effectuées par les gouvernements sont souvent devenues de simples opérations de marketing : « Cette vision de la consultation des citoyens-clients est à la base de la conception managériale du débat public. Selon cette perspective, il est intéressant de se mettre à l’écoute de la pluralité des idées et des valeurs de citoyens dans la mesure où cela peut renseigner les «décideurs» sur la manière dont leurs projets, notamment économiques ou de transformation de l’État, seront reçus par la population » (p. 93).

Je voudrais aller un peu plus loin aujourd’hui sur cette question du marketing, Le marketing travaille essentiellement sur deux axes : il étudie nos motivations (pour les utiliser dans un but de vente, etc.) et nos résistances (pour les contrer). Lorsque, comme consommateur, nous acceptons benoîtement de participer à un panel de marketing, nous acceptons de livrer le fond de notre pensée à des spécialistes. Nous sommes naïfs. Car quelques mois plus tard, nous nous demandons : « Pourquoi est-ce que j’achète du Jello alors que je n’aime pas ça ? Pourquoi est-ce que je me procure tel accessoire automobile alors que je n’en ai pas besoin ? ».  C’est que nous leur avons donné toutes les informations nécessaires sur nos motifs de résistance.

Par analogie, on peut observer ceci. Le gouvernement tient, par exemple, une commission parlementaire. Dans un mémoire, nous disons le fond de notre pensée. Quelques mois plus tard, nous nous apercevons qu’il n’a pas changé le fond de son projet mais qu’il a seulement enlevé certains irritants trop apparents. Pendant combien de temps encore le gouvernement – et ses spécialistes en marketing – instrumenteront-ils la participation citoyenne au lieu de la respecter et au lieu de dialoguer sur le fond des choses ?