Du bon usage du stoïcisme

Paru dans La Force des s@ges (AQDR) le 1er septembre 2014.

Le stoïcisme est une école philosophique grecque représentée, entre autres, par Zénon (vers 341 av. J.C. – 269), Cicéron (106 av. J.C.- 43), Sénèque (4 av. J.C.- 65 après), Épictète (50 après -125), et l’empereur Marc Aurèle (121 après -180). On le définit comme la pratique d’exercices de méditation conduisant à vivre en accord avec la nature et la raison, pour atteindre la sagesse et le bonheur, envisagés comme absence de passions et de souffrance. Épictète résume la conduite stoïcienne à travers la maxime « Supporte et abstiens-toi » (Wikipédia).

Certains sont portés à penser que le stoïcisme est du masochisme : il faudrait supporter sans rechigner les malheurs de la vie. Il n’en est rien. Les stoïciens valorisent le « bon usage » de ce qui nous arrive. Il faut faire un bon usage des bonheurs qui nous arrivent mais aussi des malheurs. Ces malheurs sont porteurs de leçons, c’est ce qui peut nous arriver de mieux, si on sait composer avec leur surgissement. Les stoïciens travaillent à faire en sorte qu’il leur arrive le plus possible des choses envers lesquelles ils sont « indifférents ». Cela se traduit dans de nombreuses attitudes concrètes. Un Grec ancien marche dans un chemin plein de ronces. A quoi sert de se plaindre ? Il écarte les ronces avec un bâton et continue son chemin.

L'empereur Marc Aurèle

L’empereur Marc Aurèle

Épictète compare la vie à un jeu de dés. Je ne contrôle pas de quel côté les dés vont tomber. « Les jetons sont indifférents, les dés sont indifférents, Comment saurais-je donc ce qui va tomber ? Mais faire usage avec attention et compétence de ce qui est tombé, voilà présentement quelle est ma tâche à moi ». 

La question du bon usage va très loin. Pour les stoïciens, le bon usage de la mort vaut mieux que le mauvais usage de la vie. Par exemple, si l’on meurt en héros lors d’une guerre.

Selon Larousse, « Il n’y a là aucune passivité. S’il est vrai qu’il faut se soumettre au destin, cette soumission est elle-même un acte volontaire, qui en inclut beaucoup d’autres. Nous soumettre au destin, c’est certes accepter tout ce qui arrive ; mais c’est aussi y jouer notre rôle, du mieux que nous pouvons. Entre liberté et fatalité, il n’y a aucune opposition. Toute action est fatale, qu’elle soit libre ou serve ; l’action libre n’est pas celle qui échappe au destin (c’est évidemment impossible), mais celle qui s’y soumet en connaissance de cause et qui y participe activement. « Le destin conduit celui qui y consent, disait Sénèque, il entraîne celui qui lui résiste » (Lettre à Lucilius, 107). »

Je vous recommande la lecture sereine de « Les stoïciens III, Musonius, Épictète, Marc Aurèle » , par Thomas Bénatouïl, éditions Les belles lettres, 2009, 235 pp.

Aujourd’hui, les stoïciens vont complètement à l’encontre des publicitaires qui veulent nous faire croire que les choses ne doivent pas nous être « indifférentes » : ces vendeurs veulent nous convaincre que d’acheter telle marque de voiture, plutôt que telle autre, est une question vitale et existentielle. Pour notre bonheur, il faut leur opposer l’indifférence.

Un courant moderne

La modernité des stoïciens est étonnante. Épictète énonce : « Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes mais leurs convictions sur les choses ». Cette formule est invoquée par certains psychologues de l’école de Palo Alto (Californie), qui « ont développé sous le nom de thérapie cognitive une méthode de traitement de certains troubles psychiques fondée sur le repérage, la mise en lumière et la dissolution des fausses conceptions qui sont à l’origine de ces troubles » (Bénatouïl, p. 98). C’est un courant de pensée « qui examine comment les hommes construisent, grâce à leurs opinions, le monde dans lequel ils vivent ou s’enferment, et propose de les en libérer au moyen d’un travail de remplacement de ces opinions par d’autres permettant un retour à un fonctionnement plus satisfaisant » (idem). Cette approche thérapeutique est pratiquée, incidemment, par plusieurs de mes ex-collègues et consoeurs psychologues et travailleuses sociales au CLSC qui m’en avaient parlé avec enthousiasme.

La lecture des stoïciens vous réserve de belles surprises. Et pour terminer sur des questions inépuisables : quel bon usage faire de nos désirs ? quel bon usage faire de nos passions ?

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