Parler de la mort ne fait pas mourir

Capsule philosophique parue dans La Force des s@ges (AQDR) du 1er octobre 2014

Depuis que, à la retraite, je suis inscrit à des cours de philosophie au Service 3e âge du Collège Maisonneuve, j’ai l’occasion de lire des textes substantiels, entre autres sur la mort, et j’en ressors, pratiquement chaque fois, plus serein devant la Faucheuse.

Alors je vous ai préparé un petit florilège de citations concernant la mort, pigées dans « Pensées sur la mort », des réflexions recueillies par un de mes philosophes préférés, André Comte-Sponville (éd. Librairie Vuibert, 2012, 63 pp.). Régalez-vous.

– « Philosopher, c’est apprendre à mourir »  (Platon).

– « A l’égard de toutes les autres choses, il est possible de se procurer la sécurité.; mais à cause de la mort, nous, les hommes, nous habitons tous une cité sans murailles » (Épicure).

Michel de Montaigne

Michel de Montaigne

– « Pourquoi trembler tellement dans les dangers et les alarmes ? Quelle est cette misérable envie de vivre qui nous y contraint avec tant de force ? La fin de la vie est là toute proche, et fixée pour les mortels; personne ne peut éviter de paraître devant la mort. D’ailleurs, nous tournons toujours dans le même cercle, sans pouvoir en sortir : la prolongation de la vie ne saurait nous forger des plaisirs nouveaux. Seulement, tant que demeure éloigné l’objet de nos désirs, il nous semble supérieur à tout le reste; est-il à nous que nous désirons autre chose, et la même soif de la vie nous tient toujours en haleine » (Lucrèce).

– « Si vous ne savez pas mourir, ne vous en souciez pas, la nature vous en informera sur-le- champ, pleinement et suffisamment; elle fera exactement cette besogne pour vous… Nous troublons la vie par le soin de la mort, et la mort par le soin de la vie »  (Montaigne).

– « Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie » (Spinoza).

– « On aime la vie mais le néant ne laisse pas d’avoir du bon » (Voltaire).

– « Faisons comme dans un voyage en mer. En toutes choses, il faut faire ce qui dépend de soi, et du reste être ferme et tranquille. Je suis obligé de m’embarquer ; que dois-je donc faire ? Bien choisir le vaisseau, le pilote, les matelots, la saison, le jour, le vent, voilà tout ce qui dépend de moi. Dès que je suis en pleine mer, il survient une grosse tempête ; ce n’est plus là mon affaire, c’est l’affaire du pilote. Le vaisseau coule à fond, que dois-je faire ? Je fais ce qui dépend de moi, je ne criaille point, je ne me tourmente point. Je sais que tout ce qui est né doit mourir, c’est la loi générale ; il faut donc que je meure. Je ne suis pas l’éternité ; je suis un homme, une partie du tout, comme une heure est une partie du jour. Une heure vient et elle passe ; je viens et je passe aussi : la manière de passer est indifférente ; que ce soit par la fièvre ou par l’eau, tout est égal » (Épictète).

– « Je veux qu’on agisse, et qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut; et que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait » (Montaigne).

La vie commence à 60 ans

Paru dans le Carnet des simplicitaires (simplicité volontaire) et dans La Force des s@ges (AQDR) le 1er octobre 2014.

Bernard Ollivier a été journaliste durant sa vie professionnelle. Retraité, veuf, à 60 ans, il fait le Chemin de Compostelle, cette marche de réflexion de 2000 à 3000 kms, à destination de St-Jacques-de-Compostelle, en Galice au nord-ouest de l’Espagne. Il se demande comment rendre sa retraite utile. Il croise des jeunes Belges, plutôt délinquants, qu’un juge a « condamnés » à marcher longuement, au lieu de faire de la prison ou des travaux communautaires. Il décide d’implanter cette formule de réinsertion sociale en France. Mais auparavant, grisé par la marche, il fait à pied la Route de la Soie, de la Turquie à la Chine, une affaire de 12 000 kms, d’où il sortira la matière de trois livres. C’est un véritable exploit. Il réalise son projet, la création de Seuil, une association sans but lucratif qui réussit à réinsérer des jeunes, accompagnés d’adultes, grâce à de longues marches bien encadrées. Pour Ollivier, la marche a de nombreuses vertus : aux plans physique, psychologique et social (les rencontres). J e vous recommande la lecture de « La vie commence à 60 ans » de Bernard Ollivier (Phébus, 2008, 215 pp.). Et vous, quel est votre projet de retraite ? (il n’a pas besoin d’être aussi gros… l’important, c’est probablement d’en avoir un…)