Fusions forcées : de nouveaux traumatismes en vue ?

Paru dans La Force des s@ges (AQDR) du 1er décembre 2014.

L’évaluation de la pertinence des fusions forcées, dans le réseau de la santé et des services sociaux, à l’été 2004, varie selon les points de vue et les postes occupés. Un cadre disait : « Les fusions ont été une bonne chose : la preuve, personne ne voudrait revenir en arrière ». Évidemment ! De nombreux employés ont été traumatisés par cette bousculade. Leurs tâches ont été cavalièrement modifiées, de façon autoritaire. Des équipes, patiemment constituées par des années de complicité professionnelle, ont été détruites à coups de nouveaux organigrammes. Des cadres se sont livrés à des luttes de pouvoir. On a vu des intervenantes pleurer et même démissionner. Comment peut-on dénier la détresse et refuser de voir la douleur qu’ont vécue de nombreuses intervenantes ? Dans ces conditions, qui voudrait revenir en arrière et connaître de nouvelles meurtrissures ?

Et que nous propose la réforme Barrette ? D’aller de l’avant avec des nouveaux organigrammes, des nouvelles luttes de pouvoir et des nouveaux traumatismes.

dessin pour fusions Judith-Jacques

Littérature scientifique

Une grande partie de la littérature scientifique est très sceptique concernant les bénéfices des fusions. En témoigne ce résumé d’une recherche de Alain Dupuis, Téluq UQAM et Cergo et Luc Farinas, Cergo, intitulée « Une critique des modes managérialistes dans la gestion des organisations de services humains complexes de santé et de services sociaux »,  ENAP et TELUQ, 2009, 19 pp. :

« Les modes managériales se succèdent depuis des décennies dans les organisations publiques de services humains complexes. Aucune ne peut revendiquer des fondements solides ou un réel succès. La combinaison de fusion d’établissements, d’intégration régionale et de gestion axée sur les résultats fonde les dernières réformes en date dans le secteur de la santé et des services sociaux. Il s’agit d’une mode managériale sans fondement sérieux au regard des sciences de l’organisation et qui pousse l’ensemble du système vers le modèle de la grande entreprise divisionnalisée. Sous l’effet de ce modèle, nos organisations risquent de devenir toujours plus grosses, plus formelles, plus abstraites, plus impersonnelles, plus superficielles, vides d’engagements et de jugements éclairés. » (les caractères gras sont de nous).

 

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