Projet de loi 10 : la résilience ou la résistance ?

Paru dans La Force des s@ges de janvier 2015.

Dans le Devoir du 10 décembre 2014, on trouve un compte rendu d’une rencontre nationale sur l’avenir du système de santé (article réservé aux abonnés). Dans le contexte du projet de loi 10, qui force une nouvelle fois la fusion des établissements du réseau, on se demande quelle attitude adopter : la résilience (composer le mieux possible avec les changements imposés) ou le devoir de résistance ? Certains prêchent de taire nos objections et de jeter la serviette face aux changements technocratiques, autoritaires, inutiles et dangereux proposés. Ce sont souvent des personnes (cadres, etc.) qui ont intérêt à ne pas faire de vague pour poursuivre leur mobilité ascendante.

D’autres disent que, puisque le système actuel ne fonctionne pas bien, il faut du changement, n’importe quel changement, cela ne peut être pire (hélas, oui, cela peut être pire, le projet de loi 10 en est la preuve). D’autres enfin se tiennent debout : tant que le projet de loi n’est pas adopté, il faut résister. Et si, par malheur, il est finalement adopté, il faudra encore le dénoncer, le combattre. On ne nous fera pas taire. En commission parlementaire, de nombreuses suggestions positives pour améliorer le réseau ont été mises de l’avant, solutions qui ne requièrent aucune fusion. Ce n’est pas vrai que les opposants n’ont pas de solution de rechange. Le ministre Barrette n’a rien voulu entendre. Il croit qu’il est le seul à avoir raison. Nous allons nous battre contre sa réforme. Sans arrêt. Avec tout le souffle dont nous sommes capables. C’est un devoir.

Note : une intervenante me demande : comment les intervenantes du réseau peuvent-elles résister sans mettre leur tête sous la guillotine ? Une suggestion pratique : allez voir votre syndicat ! Même si tous les syndicats ne sont pas également engagés, il faut y constituer une masse critique active. Et avec un peu d’imagination et un travail collectif…

Quand la beauté nous sauve

Paru dans La Force des s@ges (AQDR), janvier 2015.

Quel livre magnifique, cet essai intitulé Quand la beauté nous sauve (Marabout, 2013, 218 pp.). En sous-titre : Comment un paysage ou une oeuvre d’art peuvent changer notre vie. L’auteur, Charles Pépin, philosophe et écrivain. y explique que la beauté — d’un paysage, d’une chanson, d’une oeuvre musicale, d’une peinture, etc. — nous aide à mieux nous connaître et à oser être ce que nous sommes.

Pour lui, la beauté a quatre fonctions, qu’il détaille en quatre chapitres : nous permettre d’entrevoir l’harmonie des choses, de vivre du sens, de sublimer la libido et d’accueillir le mystère.

Quelques extraits :

– Kant définit ainsi le plaisir esthétique : un « jeu libre et harmonieux des facultés humaines » (p. 27). Trois mots importants : jeu, libre, harmonieux.

– Pour ressentir un plaisir esthétique, notre jugement doit être sans concept (on ne doit pas se référer à une certaine idée du beau), sans intérêt (on ne doit avoir aucun intérêt financier ou social ou autre à apprécier ce beau) et sans finalité (on ne doit pas se demander l’intention de l’auteur) (p. 40).

– La beauté est la promesse du bonheur (Stendhal) (p. 48).

– Devant certaines toiles, on peut ressentir un déchirement intérieur. « Ce que nous aimons alors, c’est être dérangés plutôt qu’apaisés » (p. 54).

– Selon Hegel, être sensible à la beauté du Sphinx égyptien (par exemple), c’est adhérer à l’idée que toute culture aspire à s’arracher à la nature qui, pourtant, fascine cette culture (p. 65).

– La philosophie est fondée sur le dialogue, qui n’est possible que si chacun mesure ses arguments, écoute ceux de l’autre et respecte les règles du langage (p. 70).

La cathédrale-mosquée de Cordoue, en Espagne. De toute beauté. Mon coup de cœur du voyage.

La cathédrale-mosquée de Cordoue, en Espagne. De toute beauté. Mon coup de cœur du voyage.

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Un peuple empêché

Paru sur les sites L’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

Nous sommes un peuple empêché. D’autres peuples le sont.

Certains disent que l’on devrait porter du noir, pour confirmer le deuil de nos illusions. D’autres croient que l’on devrait revêtir le rouge, car tant de peuples ont dû verser leur sang pour obtenir leur indépendance. Certains affirment que l’on devrait s’habiller en bleu car là sont nos racines.

D’autres expliquent que l’on devrait s’accoutrer en vert, le souci écologique étant la condition de notre survie. Certains pensent que l’on devrait se costumer en couleur orange, mais la maigre social-démocratie pancanadienne se nourrit de la confusion concernant notre destin national québécois. D’autres nous verraient hisser le drapeau blanc, signe de reddition, que l’on pourrait glorifier en lâcher-prise, en sérénité.

Je crois que, peu importe la couleur, il faut continuer à manifester notre désaccord et notre colère face à un ennemi, le néo-libéralisme triomphant, qui n’avance jamais à visage découvert et qui se cache même dans nos pensées, qu’il a colonisées.