Internet est-il un facteur de sociabilité ou d’isolement ?

Billet paru dans La Force des s@ges (AQDR) de février 2015.

Internet est-il un facteur qui augmente la sociabilité ou l’isolement des citoyens ? Demandons à Manuel Castells, chercheur et professeur d’origine catalane, ce qu’il a observé : « Je suis un chercheur empirique. En Catalogne, j’ai conduit l’une des études les plus complètes, avec pas moins de 55 000 entretiens – 15 000 entretiens physiques, 40 000 par Internet – pour analyser les comportements réels. Si l’on regarde vraiment ce qui se passe dans la pratique, on constate qu’Internet renforce la sociabilité et diminue l’isolement. Plus on utilise Internet, plus on est sociable, plus on est capable de se rapporter aux autres, plus on est politisé, plus on est participatif. Plus on a d’amis sur Internet, plus on a d’amis qu’on rencontre physiquement. Ça se renforce ! C’est un résultat empirique général : Internet n’est pas un instrument d’isolement ». (in Monique Atlan et Roger-Pol Droit, Humain – une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies, Flammarion-Champs, 2012, p. 438.)

Castells constate que le pouvoir politique est toujours fondé sur le contrôle de la communication et de l’information. Il note aussi que la coercition ne suffit jamais pour  exercer le pouvoir. Ce dernier repose plutôt sur sa capacité de formater l’esprit humain, dans la mesure où notre façon de ressentir et de penser détermine notre façon d’agir, individuellement et collectivement. Tout pouvoir se doit donc d’organiser le consentement, d’instiller la peur ou de susciter la résignation vis-à-vis de l’ordre (p. 434).

Même s’il met en garde contre certaines dérives de l’Internet, Castells est fondamentalement un cyberoptimiste. Il se réjouit de l’existence des « amateurs professionnels », qui à travers leurs blogues, dans une forme d’expression de soi, malmènent le principe d’autorité traditionnelle des experts de toutes disciplines (p. 436). Ce sont là de nouveaux outils parmi les vecteurs renouvelés de la démocratie.

A y perdre son latin

Billet paru dans La Force des s@ges (AQDR) de février 2015.

Quia ego nominor leo (parce que je m’appelle lion). Parce qu’il a été élu de façon majoritaire, le gouvernement Couillard se croit tout permis et, de façon autoritaire, fait table rase d’acquis sociaux gagnés de haute lutte. Il procède rapidement, brusquement, sans vraiment consulter.

Cette locution latine, c’est probablement celle qu’emploierait mon ancien professeur de latin, Honoré Jean, qui m’a enseigné en 1962-63 au collège Sainte-Marie (1848-1969). Un an après ma retraite, en 2008, j’ai repris contact avec Honoré, quarante-cinq ans plus tard, pour le remercier de m’avoir ouvert au monde, alors que j’avais quinze ans. Aujourd’hui, je suis en contact régulier avec Honoré via Internet. On a du plaisir à casser ensemble du sucre sur le dos du gouvernement Couillard. On se taquine avec des bouts de phrases en latin — Google m’aide beaucoup.

Incidemment, au début de sa carrière politique, Philippe Couillard avait l’habitude d’émailler ses discours de citations latines et autres. Il ne le fait plus. Il a perdu ses humanités, peut-être même son humanité. Au printemps prochain, les Québécois iront ab irato (dans un mouvement de colère) manifester contre son gouvernement. Car Qui futuri sunt moliti (l’avenir appartient à ceux qui luttent). Sic.

Parce que je m'appelle lion.

Parce que je m’appelle lion.