L’austérité et les réformes aberrantes ne sont pas bonnes pour la santé

A paraître dans la revue La Force de l’âge (AQDR).

L’austérité, c’est bon pour tout le monde ? Non. Ce n’est pas bon pour les ministres et les députés dont les salaires seront augmentés de façon importante. Ce n’est pas bon pour les banquiers. Ce n’est pas bon pour ce qu’une de mes amies infirmières appelait joliment les « pleins ». Pleins d’argent et affichant de façon « ostentatoire », comme des parvenus, leur richesse.

Par contre, l’austérité, les aînés y ont droit. Particulièrement dans le secteur de la santé et des services sociaux. Nos partenaires de la Coalition solidarité santé, dont l’AQDR est membre, relèvent dans la presse locale et régionale et par des contacts sur le terrain un grand nombre de faits : fermetures de centres de jour affiliés à des CHSLD, coupures de services dans les plans de soins des aînés à domicile, ainsi que dans les plans de soins des personnes handicapées (ayant des limitations fonctionnelles), non remplacement du personnel affecté aux soins, etc.

1 c - barrette fusions

L’AQDR s’est aussi alliée avec plusieurs groupes communautaires et syndicats, au sein de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics (COTPSP, coalition main rouge) pour dénoncer le discours du gouvernement Couillard qui emploie l’euphémisme « rigueur » pour masquer les coupes sauvages. La Coalition a mis de l’avant des alternatives fiscales, concrètes et réalistes, qui permettraient d’aller chercher l’argent là où il se trouve.

Le projet de loi 10

            L’austérité s’ajoute à une nouvelle réforme aberrante dans le secteur de la santé et des services sociaux qui force les fusions des établissements sous forme de méga-établissements. Le projet de loi 10 a finalement été adopté sous le bâillon le 7 février. Voici quelques-unes des critiques à son égard :

  1. Il n’y a pas eu d’évaluation rigoureuse par le gouvernement Couillard de la précédente vague de fusions, à la suite de l’adoption de la loi 25 en décembre 2003. La Coalition solidarité santé a tenu un mini-colloque pour évaluer cette réforme le 12 mars 2014 et, selon les chercheurs présents, la réforme de 2003 n’a pas du tout donné les effets positifs attendus. En quoi une nouvelle vague de fusions améliorera-t-elle les choses ? C’est un remède pire que le mal.
  2. La réforme Barrette a fait l’unanimité contre elle. Seuls la Chambre de commerce et l’Institut de la gouvernance l’ont appuyée. La presque totalité des mémoires présentés en commission parlementaire l’ont dénoncée.
  3. Le projet de loi donne tous les pouvoirs au ministre Barrette. Il nomme qui il veut à tous les postes de DG et il désigne tous les membres des CA. C’est un projet narcissique : le mot ministre revient 98 fois dans le texte du projet de loi.
  4. Il n’y aura plus de représentants élus de la population sur les CA. Les CA se dérouleront à huis-clos : on ne pourra plus poser de questions lors de la période réservée au public. Qu’est-ce que le ministre veut cacher à la population? Pourquoi enlever ce lieu de dialogue?
  5. Au lieu des économies de 220 M $ annoncées par le ministre, cette réforme coûtera 500 M $ de plus annuellement. Les nouvelles hiérarchies, les nouveaux organigrammes complexes entraîneront l’embauche de cadres supplémentaires : l’expérience l’a montré. On va assister, comme en 2004, à des guerres sans fin de pouvoir entre les cadres. Les récents événements au CHUM l’illustrent déjà.
  6. La nouvelle loi favorise davantage la sous-traitance. Ce qui fera augmenter les coûts. Encore là, l’expérience l’a montré. Nos dossiers sont étoffés à cet égard.
  7. La réforme va éloigner davantage les services de la population. Le pouvoir décisionnel va être davantage concentré. En particulier, les régions s’opposent à cette réforme.
  8. La réforme noie davantage le budget des services à domicile dans le budget des hôpitaux. L’hospitalo-centrisme va faire en sorte que les budgets de soutien à domicile vont éponger les déficits des hôpitaux, selon le témoignage de la Protectrice du citoyen.
  9. La réforme va davantage démobiliser le personnel en lui faisant perdre son sentiment d’appartenance à un établissement. Selon le chercheur Damien Contandriopoulos, « La littérature scientifique dit que des établissements de santé de plus de 400 lits ou de plus de 3000 employés, c’est inefficace ». Le projet de loi 10 crée des super mammouths bureaucratiques.
  10. La charge de travail des groupes communautaires va encore être augmentée car les établissements vont déverser leur surplus de clientèle vers les groupes, sans budget proportionnel.

L’AQDR a fait partie de la délégation de la Coalition solidarité santé qui a présenté un mémoire à la commission parlementaire. Le ministre Barrette a fait la sourde oreille. Le ministre n’a rien changé à sa réforme, malgré les alternatives positives et constructives présentées par la Coalition et de nombreux partenaires.

Eh oui, hélas ! dans quelques années, il faudra faire une nouvelle réforme et revenir en arrière pour redonner une taille humaine au réseau et lui permettre à nouveau de donner des services adéquats. Il faudra carrément abroger les réformes Couillard (2003) et Barrette (2015).

 

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