On n’était pas là pour se chicaner

Lettre parue dans Le Devoir du 21 octobre 2015.

Nous étions une dizaine d’amis, chez moi, lors de la soirée électorale. On a bien rigolé chaque fois que Tasha Kheiriddin parlait, on coupait le son, à cause du ton de sa voix. Il y avait moitié de pro-BQ et moitié de pro-NPD. Comme, pour la plupart, nous sommes amis depuis plus de 40 ans (le temps du Service universitaire canadien outremer, SUCO, en Afrique et en Amérique latine, le temps de la Presse Étudiante Nationale en 1965…), on n’était pas là pour se chicaner. On s’est déjà mutuellement pardonné bien des erreurs et des errances. Nous nous plutôt mutuellement consolés : les bloquistes consolaient les partisans du NPD lors de la dégringolade. Les pro-NPD se réjouissaient amicalement de l’élection de chacun des 10 bloquistes.

Tous, on a salué la défaite de Harper. On aurait tous préféré un gouvernement minoritaire. On espère que Justin va se montrer keynésianiste. On s’attend à ce qu’il provoque de nouveaux et incessants blocages (ou du mépris) dans la question nationale. On espère que Justin va disposer de la traduction simultanée en français lors de ses interventions pour qu’on le comprenne. On a versé une larme sur la défaite de Gilles. C’est l’ami Dominique qui a gagné la cagnotte (50 $) car il a mis de nombreux libéraux dans son pari.

On s’est consolés en mangeant du sucre à la crème, des abricots séchés, des amandes, du raisin frais et des Glosette aux raisins. Faut ce qu’il faut. On espère qu’il n’y aura pas une autre soirée électorale bientôt. A nos âges, on a de la misère à veiller tard.

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