L’effort, à la retraite : une recherche de dignité

Paru sur les sites de L’Aut’journal, Vigile et Presse-toi-à-gauche. Capsule philosophique, parue dans La Force des sages (AQDR) du premier février.

On entend parfois des gens dire : « À la retraite, je vais me reposer, j’ai travaillé toute ma vie, il est temps que je ne fasse rien, en tous cas rien qui demande des efforts… » Pour certains, la retraite doit se limiter à l’hyper-consommation et au repos. Je ne partage pas cette description du projet idéal de retraite. Je crois que ce qui donne du sens à la vie, ce sont, entre autres, les efforts que l’on fait pour réaliser des choses et pour changer ce qu’on croit qui doit être changé, même si on est retraité. Je ne plaide pas pour le masochisme et pour la recherche de la souffrance : je mets de l’avant que la retraite doit également être un temps d’action et de réalisation. En fait, je me sens de l’école de Foglia.

Dans le passionnant livre de Marc-François Bernier, Foglia l’insolent (édito-Gallimard, 2015, 383 pp.), l’auteur rapporte que pour l’ex-chroniqueur de La Presse, il faut revenir à une éthique de l’effort : que ce soit à l’école (il fustige ceux qui se fichent de soigner leur orthographe et qui plaident pour une pédagogie de la facilité), que ce soit dans les sports (les sportifs de salon…), que ce soit dans la culture (il se désole de ceux qui refusent de faire un effort pour saisir une oeuvre un tant soit peu complexe), etc. Ce faisant, Foglia ne se situe pas du côté des conservateurs ou des nostalgiques qui veulent un retour à l’école de leur enfance, avec des maîtres imbécilement répressifs et une religion contrôlante. Il se situe plutôt du côté des philosophes les plus exigeants qui croient que c’est l’effort qui donne sa dignité à l’homme.  Comme on sait, Foglia est un grand moraliste, une espèce malheureusement menacée (voir chapitre 8 du livre).

Pierre Foglia

Pierre Foglia

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L’interculturalisme, une position qui ne nie pas les problèmes

Paru sur les sites de l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

Le débat sur le projet de charte des valeurs, ou charte de la laïcité, en 2013-14, n’a pas mis en opposition, comme certains le croient, d’une part les obscurantistes (pour) et d’autre part les progressistes (contre). Le débat est beaucoup plus subtil et compliqué que cela. La CSN, pour une, progressiste, avait mis de l’avant un compromis typiquement syndical : non au port des signes ostentatoires (en pratique, le voile) pour les nouvelles employées de l’État, oui au port du voile aux employées en poste (les droits acquis, un mode de fonctionnement éprouvé des syndicats). La CSN ne nie pas, elle, qu’il y a un problème concernant l’inclusion des nouveaux arrivants. La CSN ne fait pas preuve d’obscurantisme dans ce dossier. Elle propose des solutions et non pas l’inaction. Comme le processus d’adoption de la charte n’a pu être mené à terme, on n’a pas pu connaître le compromis qui aurait pu être mis de l’avant entre les différentes tendances à la suite de la discussion nationale sur cette question. Le débat sur le projet de charte des valeurs, ou charte de la laïcité, a, dans les faits, mis en opposition d’une part les multiculturalistes (canadiens) qui pratiquent le déni devant la question concrète de l’inclusion et d’autre part les interculturalistes (québécois). Poursuivre la lecture