Billet – Islam, hospitalité, souvenirs…

Billet paru dans La Force des sages (AQDR).

Mon premier contact plus approfondi avec l’islam a été la traversée sur le pouce du désert du Sahara, du nord au sud, à l’été 1968. J’avais 20 ans. Ce voyage m’a donné dès le départ une image très positive de cette religion et de ceux qui la pratiquent.

En fait, pour situer ce voyage, il faut préciser que j’ai enseigné en Afrique de l’ouest, au Togo, de 1967 à 1969, dans le cadre du SUCO, le Service universitaire canadien outre-mer. L’été 1968, j’ai voyagé avec un autre coopérant québécois, Francois, en Afrique de l’ouest. Nous avons pris un bateau entre Dakar, au Sénégal, et Casablanca, au Maroc. Nous sommes montés en Espagne puis nous avons pris un traversier pour Oran en Algérie (voir cartes plus bas). Le plus court chemin pour arriver à temps à la rentrée scolaire au Togo, c’était de traverser le Sahara en ligne à peu près droite vers le sud. Nous avons donc fait du pouce entre Alger, Ghardaïa, El Golea, In Salah, Tamanrasset et In Guezzam, à la frontière algéro-nigérienne, pour aboutir à Agadez (que tous ces noms sont évocateurs !).

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Quand je dis « traverser le Sahara sur le pouce », il faut une courte explication. On devait se rendre à la place du marché le matin, vers 6 h, et discuter avec les camionneurs. Quand partez-vous ? Pour où ? Quand prévoyez-vous y arriver ? Quelle quantité d’eau personnelle devons-nous avoir ? Quelle apport financier pouvons-nous vous donner pour  contribuer aux repas collectifs et à l’essence ? Puis on allait s’enregistrer à la gendarmerie avec tout le groupe avant le départ. Le camion suivait la piste sommairement balisée par des barils métalliques abandonnés et autres reliefs. S’il n’arrivait pas à destination dans les temps prévus, la gendarmerie enquêterait. On dormait à la belle étoile, on mangeait de la viande bouillie et des dattes. Nous avons été bloqués trois semaines à Tamanrasset : les oueds, ces petites rivières qui ne se remplissent qu’à la saison des pluies, nous empêchaient de poursuivre vers le sud. Nous avons finalement mis six semaines à traverser le Sahara.

Une première impression : l’immense sens de l’hospitalité des Algériens. Nous étions deux ti-culs québécois. Nous avons été accueillis partout avec chaleur. Comme des membres de la famille. Nous étions curieux, enjoués. Nous posions des questions. Nous parlions pendant des heures. Charles De Gaulle, un an plus tôt, avait lancé : Vive le Québec libre. Nous le glissions sans gêne dans la conversation. Tout était possible. Mai 68, c’était deux mois plus tôt. Il y avait quelques autres jeunes voyageurs étrangers comme nous, aussi questionneurs et enflammés que nous. Aussi bien accueillis que nous.

Bien sûr, le contexte politique a changé depuis 1968. Mais je n’ai pas oublié. C’est dire qu’aujourd’hui, je ne reconnais certainement pas dans le djihadisme l’islam tolérant, accueillant et amical que j’ai connu. Le djihadisme, ce n’est pas l’islam.

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no 1

Passeport et visa. A In Guezzam, il n’y a pas de tampon. L’inscription est manuscrite.

no 2

no 3

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