La philosophie et les femmes

Paru dans La Force des sages (AQDR) du 1er avril 2016.

Un sympathique ouvrage de philosophie vient de paraître sous le titre « La philosophie et les femmes », écrit par Jacques Senécal, professeur de philo, entre autres, à Éducation 3e âge du Collège Maisonneuve (éditions Cornac, 2016, 171 pp.). L’auteur tente de répondre à la question : pourquoi y a-t-il, historiquement, si peu de femmes en philosophie ? Il y décrit quelques mythes anciens concernant les femmes, retrace des éléments d’histoire et traite des féministes au masculin (les épicuriens, Descartes, Montesquieu, Condorcet, Fourier, etc.).

Il fait le portrait de femmes philosophes d’inspiration mystique (Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, etc.) ou méconnues (Christine de Pisan, Marie de Gournay, etc.). Enfin, il aborde trois grandes philosophes : Simone Weil (1919-1943), Hannah Arendt (1906-1975) et Simone de Beauvoir (1908-1986).

image philo et femmes

Voici quelques extraits pour vous mettre l’eau à la bouche et vous donner envie d’approfondir la question.

« Ce sont les hommes qui ont inventé les mythes. Et celui d’Ève n’est pas piqué des vers. Ève, la première femme selon la Genèse de la Bible, le Livre de Dieu, nait d’un os qu’Adam avait en trop. Jusqu’à l’arrivée d’Ève, Adam était un androgyne heureux et innocent, mais il était seul. Ève deviendra sa compagne afin qu’il ne soit plus seul. Selon le mythe, la mère de l’humanité fut tentée par un serpent qui l’invita à manger le fruit de l’arbre défendu, l’arbre de la connaissance. Elle devient donc la pécheresse et sa condamnation s’étendra à toute l’humanité. C’est un peu le diable personnifié. Pourtant, en tant que curieuse (comme Pandore et comme toutes les femmes), donc éprise de connaissances, elle pourrait être considérée comme une libératrice. Grâce à Ève, en effet, les hommes sont désormais incités à se libérer de leur ignorance » (p.11).

(citation de John Stuart Mill) « L’inégalité des droits de l’homme et de la femme n’a pas d’autre source que la loi du plus fort… On oublie qu’il est exceptionnel que ceux qui sont arrivés au pouvoir par la force y renoncent d’eux-mêmes ». Les féministes d’aujourd’hui reconnaissent la justesse et la très grande pertinence de ce propos (p. 68).

« La véritable liberté consisterait à se plier soi-même à la nécessité, l’accepter et en affirmer la grandeur comme les stoïciens, Spinoza et Nietzsche » (p. 120).

« Peu de philosophes ont réussi à nous transmettre une telle compréhension lucide d’un monde en effervescence, tout en démontrant les puissances intimes que l’être humain a à sa disposition pour transcender sa propre pesanteur et s’ouvrir à l’autre et à la paix. Simone Weil le fait avec force et humilité »  (p. 123).

« Pour Hannah Arendt, la massification des citoyens en main d’oeuvre uniformisée est une étape dans la destruction de l’humain »  (p. 134).

(à propos d’Arendt) « Là où l’on empêche la pensée, il y a totalitarisme; il ne peut donc y avoir de pensée totalitaire, car le totalitarisme empêche la pensée » (p. 131).

(à propos d’Arendt encore) « Le respect de la pluralité est le principe qui doit déterminer notre pensée et notre jugement pour qu’on puisse comprendre le sens des événements, pour qu’on s’oblige à penser à la place de quelqu’un d’autre. ‘Penser à l’autre avant d’obéir aux ordres’ constitue une règle qui, de facto, bloque tout totalitarisme » (p. 138).

(citation de de Beauvoir) « Chacun d’entre eux (les êtres humains) a sur les lèvres le goût incomparable de sa propre vie, et cependant chacun se sent plus insignifiant qu’un insecte au sein de l’immense collectivité. À aucune autre époque, peut-être, ils n’ont manifesté avec plus d’éclat leur grandeur, à aucune époque cette grandeur n’a été si atrocement bafouée. (…) Essayons d’assumer notre fondamentale ambiguïté. C’est dans la connaissance des conditions authentiques de notre vie qu’il nous faut puiser la force de vivre et des raisons d’agir » (p. 155).

« Féminisme et écologisme, socialisme et libertarisme vont de pair même si ces horizons ne sont pas toujours interreliés dans nos combats quotidiens » (p. 160).

Sans prétention, accessible, clair, ce petit livre donne envie de lire plein d’autres livres de philo. Et de continuer à s’interroger sur le peu de pouvoir que nos sociétés ont donné aux femmes et le peu d’égalité qu’elles leur concèdent encore.

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