Surconsommation et sur-gestion

Paru dans le Carnet des simplicitaires (simplicité volontaire). Capsule philosophique parue dans L’AQDR Express (auparavant La Force des sages).

La surconsommation met en danger la survie de la planète. Cette question est maintenant bien documentée au plan scientifique. Même au plan philosophique (les stoïciens, Épicure, Bergson…), la surconsommation ne trouve pas d’assise éthique.

La sur-gestion, l’excès de gestion, m’apparait devoir être dénoncée avec la même vigueur. Soi-disant à cause de la compétition, de nombreux gestionnaires s’acharnent aujourd’hui à la recherche de la moindre économie, souvent au détriment de la qualité de vie et de la santé du personnel. Dans le secteur public, ce sujet a fait l’objet d’analyses, comme celle de la Coalition solidarité santé, qui dénonce avec raison la méthode Toyota. Ce n’est pas vrai que, dans les services à la personne, on peut tout minuter et ne pas laisser de place à l’imprévu et à la nature humaine. Dans le secteur privé, le même mal sévit.

Épicure (342-270 av. J.C.)

Épicure (342-270 av. J.C.)

On dirait que certains gestionnaires « jouent à l’épicier » ; il ya quelques années, je jouais aux échecs avec un jeune Français qui disait : il ne faut pas « jouer à l’épicier », c’est-à-dire échanger une tour pour une tour, un fou pour un fou, etc. sans créativité. Il semble que certains gestionnaires seraient prêts à vendre leur mère pour un quart de cenne de rendement. Bien sûr, on doit gérer les choses correctement et chaque personne a normalement une bonne capacité à s’autogérer quand elle est dans un contexte adéquat et respectueux, favorisant l’autonomie et la responsabilité. Mais nous n’en sommes plus du tout là. Faut-il vraiment encore démontrer que nous évoluons dans un monde absurde, qui pourrait ne pas l’être autant ? Les HEC et l’ENAP forment trop de comptables et de gestionnaires. Souvent avides de pouvoir, goinfres et accapareurs (pas tous, évidemment). Nous manquons de philosophes et de sociologues. Et d’infirmières. Et de travailleuses sociales. Et d’enseignantes. Et d’artistes. Nous sommes sur-gérés.

Ajout

Témoignage entendu l’autre soir lors de l’AG d’un groupe communautaire. Les patrons des entreprises privées encouragent leurs cadres à être « bénévoles d’affaires » auprès de groupes communautaires : siéger sur le CA, faire de l’assistance-conseil financière, etc. C’est bon pour mettre sur le CV et c’est bon pour l’image de la compagnie. Un « bénévole d’affaires » propose ses services à un centre de femmes. Il dit à une intervenante, qui anime des rencontres de groupe avec des femmes en difficulté ou en crise : « Connais-tu le coût de revient de chacune de tes rencontres ? Parce que si tu le savais, tu pourrais améliorer tes pratiques pour que ça coûte moins cher ». Stupeur de l’intervenante qui a justement choisi de travailler dans le communautaire pour ne pas avoir à sur-comptabiliser chacun de ses gestes. Peut-être que le « bénévole d’affaires » devrait méditer ces sages paroles d’Einstein : « Ce qui compte ne peut pas toujours être compté et ce qui peut être compté ne compte pas forcément ».

P.S. Il y a des « bénévoles d’affaires » qui ont des motivations honorables et l’âme bien née. Tout n’est jamais tout noir ni tout blanc. Mais, comme, pour les gens d’affaires, tout est objet de calcul (et que l’économie est devenue une religion), comment ne pas y voir diverses intentions sous-jacentes ?

citation

Les commentaires sont fermés.