Une autre consultation-bidon du ministre Barrette

Paru sur les sites Vigile et Presse-toi-à-gauche. A paraître dans L’AQDR Express du 1er novembre 2016. 

Il y a quelques années, j’ai vu un dessin très drôle. Un jongleur est reçu en audition par le directeur d’un cirque. Il utilise simultanément des dizaines d’accessoires : balles, cerceaux, quilles, etc. Il met à contribution toutes les parties de son corps : les pieds, les genoux, la taille, les coudes, les mains, les épaules, la tête, le nez, etc. Tous les accessoires tournent en même temps. Le directeur lui demande : « Et avec les oreilles, vous ne faites rien ? »

Cette blague me fait penser au ministre Barrette : il voudrait que le personnel des CHSLD en fasse davantage.

Le ministre a annoncé le 19 septembre la mise en oeuvre d’une démarche visant à presser davantage le citron d’un personnel qui est déjà débordé et épuisé : « Avec l’adoption de la loi 10, nous nous sommes donné les moyens de recenser les meilleures pratiques dans le réseau. Nous nous sommes assurés que celles-ci soient partagées et qu’elles puissent être implantées partout au Québec. Actuellement, certains établissements sont très performants, d’autres moins. Nous voulons que les plus performants puissent mettre leur expertise au profit des autres », a déclaré le ministre.

Cette démarche est irréaliste et ne tient pas compte des coupures de centaines de millions qui ont été effectuées dans le réseau ces dernières années. Si on veut davantage de bains dans les CHSLD, il faut ajouter du personnel, et non pas en retirer.

La démarche du ministre implique :

– la visite des milieux « les plus performants » du Québec par Marie Montpetit, adjointe parlementaire du ministre, pour recueillir l’information et les pratiques développées,

– la tenue de deux forums publics réunissant les experts et représentants du réseau qui permettront d’échanger sur les pratiques identifiées et de les partager. Le premier, sur les CHSLD, se tiendra d’ici décembre 2016. Le deuxième, sur le thème du soutien à domicile, aura lieu au début de 2017.

Une démarche accueillie froidement

L’annonce gouvernementale a été accueillie froidement par la grande majorité des intervenants du réseau de la santé, ainsi que par les aînés.

Carolle Dubé, présidente de l’APTS a commenté ainsi : « Le ministre devrait surtout évaluer les dégâts réels et bien concrets que ses politiques ont engendrés pour la population et leurs effets négatifs sur la santé mentale du personnel du réseau. Autrement dit, après avoir exercé le rôle de pyromane depuis son arrivée en poste, il voudrait maintenant avoir le rôle de pompier. Nous avons toutes les raisons d’être sceptiques. »

L’APTS ne participera à aucune démarche sans avoir reçu au préalable la garantie qu’il ne s’agit pas d’un simple exercice de relations publiques. « Pas question pour l’APTS de se prêter à une démarche qui demandera encore au personnel d’en faire plus avec moins, alors que les niveaux de détresse psychologique sont très préoccupants chez nos membres. Nous voulons également que le ministre s’engage à réinvestir sérieusement dans les services à la population », de conclure Carolle Dubé.

La présidente de la FSQ-CSQ, Claire Montour, a souligné : « Nous n’avons pas besoin d’une enquête quelconque pour savoir ce qui ne va pas dans les CHSLD ou dans les soins à domicile. La source des problèmes est déjà bien connue : c’est le manque criant de personnel ».

Vingt recommandations déjà sur la table

            L’Association des retraité-es de l’éducation et autres services publics (AREQ) considère que l’état de situation et les solutions sont déjà bien connus et qu’il est temps de passer à l’action. L’AREQ rappelle qu’en juin dernier, les membres de la Commission de la santé et des services sociaux ont déposé à l’Assemblée nationale le Rapport sur le mandat d’initiative concernant les conditions de vie des adultes hébergés en CHSLD. Les vingt recommandations de la Commission ont été adoptées à l’unanimité.

Plusieurs groupes ont aussi soulevé des doutes quant aux intentions du gouvernement de « s’inspirer des milieux les plus performants » : « L’AREQ s’interroge à savoir si la recherche de performance consistera à offrir des services minimaux avec moins de budget et moins de personnel, par l’entremise d’organismes privés plutôt que dans le cadre du système de santé public. »

equilibriste

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