Persévérer dans son être, persévérer dans sa nation

Lettre publiée dans Le Devoir du 20 juin 2016.

Capsule philosophique, parue dans La Force des sages (AQDR) le premier mai.

Quel plaisir de lire et d’approfondir le philosophe Spinoza (Amsterdam, 1632 – La Haye, 1677). Il ne faut pas hésiter à lire aussi ses commentateurs car Spinoza n’est pas toujours facile à saisir. Son concept de conatus est très riche. Le conatus, c’est l’effort de toute personne pour persévérer dans son être. Le conatus, c’est l’élément actif de notre être. C’est la source de notre volonté. Le conatus, appliqué à l’esprit et au corps, s’appelle l’appétit. Et le désir, c’est l’appétit accompagné de conscience. La pensée de Spinoza nous permet d’éclairer les concepts et de les ordonner.

Pourrait-on appliquer le concept de conatus aux nations ? Les nations doivent, elles aussi, faire un effort pour persévérer dans leur être. Surtout en cette époque de mondialisation où le discours dominant flétrit la notion de nation. Le concept de nation ne doit pas être vu comme un repli frileux sur soi mais comme une volonté riche de durer, dans une perspective de diversité, de particularisme et d’altérité. La nation, il faut en prendre conscience, y réfléchir, en raffiner le concept pour en enlever les scories et en tirer tout le suc. Il n’y a pas d’internationalisme sans nationalisme. Décidément, Spinoza a le tour de réveiller et d’aiguiser les esprits.

Constituante : les Intellectuels pour la souveraineté approfondissent la question

Paru sur les sites Vigile, L’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

Le colloque annuel des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), tenu le 11 juin à Montréal, avait pour thème cette année le projet d’une assemblée constituante. Un premier panel portait sur la constituante comme mode d’accès à l’indépendance et un second sur les institutions d’un Québec indépendant. Six panelistes judicieusement choisis ont ainsi apporté une contribution substantielle à la question : André Lamoureux, Jonathan Durand Folco, Philippe Bernard, Simon-Pierre Savard-Tremblay, Danic Parenteau et Guillaume Rousseau. Voici un résumé des grandes lignes de chacune des interventions.

Premier panel : la constituante, mode d’accès à l’indépendance, animé par Jocelyne Couture, philosophe

Premier paneliste : André Lamoureux – L’appel à la constituante, avant ou après la proclamation de l’indépendance ?

M. Lamoureux est politologue, chargé de cours en sciences po. à l’UQAM. Une constituante est toujours élaborée dans un contexte de grands bouleversements. C’est le mouvement de masse qui provoque le changement, pas l’assemblée constituante. On pense à la Révolution américaine, à la France de 1789, aux Patriotes de 1838, à l’Allemagne en 1919, etc.

Doit-on travailler à adopter une nouvelle constitution pour le Québec avant ou après la déclaration d’indépendance ? La logique veut qu’on l’adopte après. Si on veut l’adopter avant, c’est opter pour le statu quo, donc le fédéralisme. Au mieux, une constitution adoptée avant l’indépendance, c’est une autonomie provinciale plus grande, le fédéralisme renouvelé. Se battre pour une constituante avant, c’est malheureusement ce que propose Québec solidaire (QS).

MM. Durand Folco, Bernard et Lamoureux.

MM. Durand Folco, Bernard et Lamoureux. Cliquez sur la photo pour l’agrandir. Photos: Joël Côté.

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Quelques nuances de rouge

Paru sur le site Vigile.

Voici mon commentaire, sur facebook, d’un article de mon frère Louis paru dans Le Devoir du 9 mai 2016 intitulé QS c. PQ: extrême gauche contre gauche réformiste.

« On a toujours beaucoup discuté de politique dans la famille Fournier. Avec plaisir et passion. Comme mon frère Louis, je suis indépendantiste et social-démocrate. Mais j’ai davantage que lui été proche du mouvement communautaire, où j’ai connu plein de militants QS pas sectaires du tout. En fait, j’ai probablement autant d’amis QS que PQ. Mon frère a une proximité avec la FTQ, où il a fait un excellent travail. Je me sens davantage proche de la CSN, de la FSSS-CSN et du Conseil central de Montréal CSN (déjà trois nuances de rouge), trois milieux où j’ai milité. Il manque au PQ, selon moi, une vraie volonté de combattre les inégalités, comme l’a montré le dernier budget Marceau. Je vais suivre avec intérêt la course à la chefferie du PQ en espérant que celui ou celle qui sera élu sera la personne qui mettra le plus l’accent sur la lutte contre les inégalités (les nombreuses alternatives fiscales). Et continuer à échanger avec plaisir avec mon grand frère ! » Poursuivre la lecture

Convergence : mode d’emploi

Paru sur le sites Vigile et Presse-toi-à-gauche (rédigé avant la démission de PKP mais toujours d’actualité).

Quelques éléments d’analyse concernant l’évolution récente de la convergence indépendantiste et anti-austérité.

  1. Récemment, le PQ a refusé de s’associer à une motion de QS demandant de porter le salaire horaire minimum à 15 $. Je le déplore mais faut-il en faire de l’urticaire ? Cela remet-il en question la convergence indépendantiste et anti-austérité ? Je ne le crois pas.

Si on se fie aux résultats des élections de 2014, le PQ représente 75% de l’électorat souverainiste, QS 23% et ON 2 %. Il faut donc s’attendre à ce que le poids des diverses composantes varie au sein de l’éventuelle coalition. En toute légitimité, QS ne peut espérer que seulement environ le quart de ses revendications importantes se retrouvent sur la feuille de route commune. De même, si le PQ est élu minoritaire en 2018 et que QS détient la balance du pouvoir avec, disons, dix députés, QS ne devra pas anticiper de se voir offrir la moitié des portefeuilles ministériels, mais seulement un nombre significatif. Nous sommes collectivement en apprentissage du mode de fonctionnement en coalition, ce n’est pas encore dans notre culture politique. Il faudra y mettre des compromis, de la diplomatie et de la maturité.

  1. Concernant les « primaires sociales ».

L’idée d’Amir Khadir, d’organiser des « primaires sociales » en vue d’une convergence indépendantiste et anti-austérité, est sympathique mais peut-être dysfonctionnelle. Je m’explique. Il n’y a pas d’instance de coordination de la société civile engagée, du mouvement communautaire, des forces de changement. Qui organisera les primaires dans une circonscription donnée ? Quelle sera la crédibilité de l’organisme coordonnateur ? Quels sont les dangers de manipulation ? Poursuivre la lecture

Convergence : méfions-nous, nous pourrions y gagner

Paru sur les sites de l’Aut’journal, Presse-toi-à-gauche et Vigile.

Attention ! Soyons prudents ! S’il se nouait une alliance stratégique et tactique entre les forces souverainistes, nous pourrions être gagnants. QS, le PQ et ON pourraient voir leur nombre de députés exploser. Le gouvernement Couillard pourrait se faire congédier en 2018. Imaginez un gouvernement du PQ minoritaire et QS détenant la balance du pouvoir. Méfions-nous, il doit y avoir anguille sous roche. Ce résultat cacherait probablement des trahisons inavouables. On aura compris l’ironie de mon propos.

La gauche, partout dans le monde, se méfie des victoires. Blaise Pascal, dans sa sagesse, disait : « Rien ne nous plaît que les combats mais non la victoire ».

Notre tradition de méfiance, notre spécialité de « fendre les cheveux en quatre » et de « chiquer la guenille » nous mène régulièrement à des défaites dans lesquelles nous nous complaisons et que nous analysons longuement, méticuleusement, en grattant bien la plaie pour qu’elle ne guérisse jamais.

Avec un peu d’imagination et de maturité, nous pourrions avoir une alliance électorale PQ-QS-ON inspirée du modèle du politologue Denis Monière ou un autre modèle semblable. Quatre ingrédients seraient mis à contribution pour concocter une alliance : une démarche souverainiste précise, un programme réellement social-démocrate et anti-austérité, un accord pour un scrutin proportionnel et une constituante mise en route au lendemain de l’élection.

Selon un sondage Léger mené pour Le Devoir et le Journal de Montréal, publié le 24 mars 2016, une coalition PQ-QS recevrait l’appui de 87 % des sympathisants péquistes et de 75 % des solidaires. Les électrices et électeurs semblent moins frileux devant les alliances que les militants les plus impliqués de part et d’autre. Poursuivre la lecture

Convergence : faire preuve de créativité

Paru dans Presse-toi-à-gauche du 29 mars 2016.

Presse-toi-à-gauche nous invite à contribuer au débat sur la situation du mouvement indépendantiste et sur ses perspectives.

Denis Monière, professeur de science politique à l’Université de Montréal a ébauché, dans Le Devoir du 17 février 2016 (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/463142/la-convergence-pour-quoi-faire) un modèle intéressant, qui n’est pas parfait mais qui a le mérite d’être concret. Ce modèle ferait exploser le nombre de députés potentiels de QS, d’ON et du PQ. En voici un large extrait :

« Il faut penser un système de distribution des circonscriptions transparent, équitable et qui minimise les pertes de votes en raison de la concurrence de candidatures indépendantistes. Il faut d’abord protéger les acquis de chaque parti, ce qui veut dire qu’il y aurait 33 circonscriptions protégées : trente pour le PQ et trois pour QS. Dans ces circonscriptions, les partis de la coalition ne se feraient pas concurrence, chaque parti ayant été élu en 2014 organisant le choix de son propre candidat et les deux autres partis acceptant de travailler à son élection. Il reste 92 autres circonscriptions à pouvoir qui étaient représentées soit par des libéraux ou par des caquistes. Si on utilise comme barème de distribution le pourcentage du vote obtenu par les différents partis indépendantistes à l’élection de 2014, le PQ pourrait présenter un candidat dans 69 circonscriptions, QS dans 19 et Option nationale dans 4. Ces circonscriptions pourraient être attribuées par tirage au sort.

« On peut aussi imaginer un système moins contraignant et ouvrant une compétition limitée entre partis indépendantistes en réservant une banque d’une vingtaine de circonscriptions où les partis fédéralistes ont eu le plus grand nombre de votes et où les chances de faire élire un indépendantiste sont quasi nulles. Dans ces circonscriptions imprenables, il y aurait lutte entre les partis indépendantistes. »

C’est un modèle qui présume une grande maturité politique de la part des partis. On est dans la logique de gouvernements de coalition. Qu’en pensez-vous ? Et surtout : avons-nous quelque chose de plus articulé, de plus créatif à proposer ?

Billet – Une pensée molle

 

Un vocabulaire imprécis, des idées confuses, une pensée molle. Voilà ce qui caractérise Justin Trudeau, l’idole du moment. A l’occasion d’une interview avec Patrice Roy, de Radio-Canada, il a dit qu’il n’y a pas vraiment de différence entre le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois. Pour lui, l’interculturalisme est la façon québécoise de nommer le multiculturalisme canadien. Or l’interculturalisme vise l’intégration (non l’assimilation) harmonieuse dans le respect des différences alors que le multiculturalisme — maintenant rejeté par la Grande-Bretagne et l’Allemagne — fait perdurer des différences inconciliables avec la création d’une société civile agrégée, rassemblée et solidaire : concrètement, elle rime avec la création de ghettos parallèles soi-disant inclusifs. Camus disait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

 

L’interculturalisme, une position qui ne nie pas les problèmes

Paru sur les sites de l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

Le débat sur le projet de charte des valeurs, ou charte de la laïcité, en 2013-14, n’a pas mis en opposition, comme certains le croient, d’une part les obscurantistes (pour) et d’autre part les progressistes (contre). Le débat est beaucoup plus subtil et compliqué que cela. La CSN, pour une, progressiste, avait mis de l’avant un compromis typiquement syndical : non au port des signes ostentatoires (en pratique, le voile) pour les nouvelles employées de l’État, oui au port du voile aux employées en poste (les droits acquis, un mode de fonctionnement éprouvé des syndicats). La CSN ne nie pas, elle, qu’il y a un problème concernant l’inclusion des nouveaux arrivants. La CSN ne fait pas preuve d’obscurantisme dans ce dossier. Elle propose des solutions et non pas l’inaction. Comme le processus d’adoption de la charte n’a pu être mené à terme, on n’a pas pu connaître le compromis qui aurait pu être mis de l’avant entre les différentes tendances à la suite de la discussion nationale sur cette question. Le débat sur le projet de charte des valeurs, ou charte de la laïcité, a, dans les faits, mis en opposition d’une part les multiculturalistes (canadiens) qui pratiquent le déni devant la question concrète de l’inclusion et d’autre part les interculturalistes (québécois). Poursuivre la lecture

Des pas significatifs vers la convergence indépendantiste

Paru sur les sites Vigile, l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche

Soirée-débat très dense et très nourrissant, organisé le lundi 23 novembre par les Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), à l’UQAM. Le thème : Développer des alliances dans le mouvement indépendantiste : quelles conditions? quelles stratégies ? Un grand nombre de personnes étaient présentes, attentives, toutes oreilles ouvertes.

Les panelistes : Véronique Hivon, députée du Parti québécois, Andrés Fontecilla, co-porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti, chef d’Option nationale, Luc Thériault, député du Bloc québécois et Daniel Turp, professeur en droit international. Pierre Serré, politologue, président des IPSO, animait le débat. On trouvera dans les lignes qui suivent, non pas un verbatim, mais une synthèse, forcément incomplète, mais quand même substantielle, des propos échangés. Poursuivre la lecture

Accepter de ne pas être à la mode

Billet

Parfois, des amies et des amis me disent : la cause de l’indépendance du Québec, c’est fini, il faut passer à autre chose. Je suis tenté de leur répondre ceci . Quand quelqu’un te dit que le féminisme n’a plus sa place car les femmes ont atteint l’égalité avec les hommes, que réponds-tu ?

Selon des sondages, les femmes sont légèrement moins souverainistes que les hommes (cette question a d’ailleurs fait l’objet d’études fines). Sur la base de l’analogie mentionnée plus haut, il y a comme un paradoxe…

Comparaison n’est pas raison. Évidemment. Mais il faut y réfléchir plus en profondeur. Ce n’est pas parce qu’une cause n’est temporairement plus « à la mode » — que ce soit l’indépendantisme ou le féminisme — qu’elle n’est pas fondée. Pour moi, l’indépendance du Québec demeure une nécessité. Ce n’est pas une question de conjoncture, favorable ou défavorable. Ce n’est pas une question de sondages.

Actuellement, les médias n’en ont que pour Justin Trudeau et les pages du Paris Match vont en être inondées. Il a fait des promesses intéressantes, d’un point de vue progressiste. On va loyalement lui donner ses 100 jours de grâce. Mais la question nationale québécoise fera de nouveau surface un jour. Serons-nous prêtes et prêts ?

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