Les aînés et le salaire minimum à 15 $

A paraître dans l’AQDR Express du 1er novembre 2016.

Pourquoi les aîné-es ont-ils intérêt à ce que le salaire minimum soit à 15 $ ? En soi, c’est une question de dignité de la personne. Toute personne a droit à un revenu décent. Mais il y a plus. Les aîné-es reçoivent souvent des services dispensés par des personnes sous-payées : dans les ressources intermédiaires (RI), dans les résidences privées, dans les entreprises d’économie sociale en aide domestique (EESAD), par exemple, le personnel est maigrement payé. Conséquence : ce personnel a un taux de rotation élevé. Dans les services à la personne, les aînés-es ont pourtant besoin de continuité : ils ne veulent pas que le personnel qui s’occupe d’eux change à toutes les semaines. Mais c’est normal de changer d’emploi quand on est sous-payé : quand le salaire est meilleur au Tim Horton, les gens vont travailler au Tim Horton. 15 $ l’heure, c’est un minimum !

Lancement de la campagne 5-10-15 : une série d’actions pour un travail décent

Manifestation à Montréal le 15 octobre : un succès ! L’AQDR y était ! (photos: Jacques Fournier)

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Billet : la démocratie participative en péril

Paru sur les sites de L’Aut’journal, de Vigile et de Presse-toi-à-gauche. Paru dans L’AQDR Express du 1er octobre 2016.

Je ne suis pas un partisan de la « politique de la chaise vide ». Je crois que lors des commissions parlementaires et consultations gouvernementales, les groupes communautaires, féministes, écologistes, les syndicats, les citoyens et citoyennes doivent faire des mémoires et des représentations. Quand quelques-unes de nos propositions sont retenues, on se dit qu’on n’a pas perdu son temps.

Mais je constate qu’avec le ministre Gaétan Barrette, les paramètres ont changé. En plus de quarante ans de militance dans le milieu communautaire, je n’ai jamais vu un ministre aussi obtus et fermé. Par exemple, lors de la commission parlementaire sur la création des super-hyper-méga-établissements, il n’a pas pris en considération 95% des mémoires présentés. Il croit qu’il a toujours raison et qu’il n’a pas besoin des avis des autres. Il a ouvertement méprisé les chercheurs qui posaient des questions de fond.

Au cours des prochains mois, le ministre Barrette fera de nouvelles consultations sur diverses politiques. Devrait-on lui présenter des mémoires ? Certains de mes amis disent : boycottons-le, ne lui présentons aucun mémoire, il sera sidéré et cela le fera réfléchir. J’en doute : le ministre dira plutôt que son projet est parfait puisque personne ne le conteste.

Dans nos groupes communautaires et dans nos syndicats, on sait tout ce que la rédaction d’un mémoire implique : recherches, remue-méninges, consultations, etc. pour arriver au consensus le plus démocratique possible au sein de l’organisme. Sur le ton de l’humour, je suggère ceci : présentons à Gaétan Barrette un copié-collé de nos précédents mémoires car il ne les a pas lus. Il n’y verra que du feu. Cela nous facilitera la tâche et nous économiserons ainsi nos énergies. Décidément, le ministre Barrette a un sérieux problème avec la démocratie participative.

Le ministre écoutant un mémoire en commission parlementaire.

Le ministre écoutant un mémoire en commission parlementaire.

 

 

Assemblée annuelle de l’AQDR nationale: on refait le plein d’énergie

Paru dans L’AQDR Express du premier juillet.

L’AQDR nationale a tenu sa Journée d’orientation et son Assemblée générale annuelle à Trois-Rivières, les 7 et 8 juin. Deux journées stimulantes, animées de main de maître par Nicole Lacelle, qui ont redonné de l’énergie aux personnes présentes, en provenance de toutes les régions du Québec.

Un cahier des revendications du Mouvement AQDR

La Journée d’orientation a permis l’étude, en ateliers et en plénière, d’un projet de Cahier de revendications du Mouvement AQDR. La présidente, Judith Gagnon, a précisé qu’il est essentiel, à ce moment-ci de son histoire, que l’AQDR reprécise ses revendications : quels sont les grands enjeux et les droits importants ? quelles sont nos cibles prioritaires ? Les revendications portent sur dix droits : revenu décent, logement convenable, services à domicile accessibles et de qualité, services sociaux et de santé publics et de qualité, offre de transport accessible et abordable, milieu de vie sécuritaire, participation sociale et citoyenne à part entière, plein accès au marché de l’emploi et à la conciliation travail-retraite, éducation et culture, environnement sain et respectueux de la biodiversité.

Le comité Enjeux stratégiques qui a préparé le Cahier se composait de Judith Gagnon, René Bélanger, Jean Carette, Claude Godbout, Réjean Goulet, Nicole Laveau, Carole Rivard-Lacroix, France Neveu, Lyne Baillargeon, Samuel Labrecque et France Leblanc. Les délibérations ont permis de préciser plusieurs des cibles prioritaires et d’en ajouter de nouvelles. La version no 2 du Cahier sera envoyée aux sections pour qu’elles en débattent. La version finale sera adoptée par l’Assemblée des présidents des sections à Rivière-du-Loup en octobre. Le résultat final sera par la suite publié dans notre revue La Force de l’âge.

Le CA de l'AQDR.

Le CA de l’AQDR. Cliquez sur la photo pour l’agrandir.

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Convergence : mode d’emploi

Paru sur le sites Vigile et Presse-toi-à-gauche (rédigé avant la démission de PKP mais toujours d’actualité).

Quelques éléments d’analyse concernant l’évolution récente de la convergence indépendantiste et anti-austérité.

  1. Récemment, le PQ a refusé de s’associer à une motion de QS demandant de porter le salaire horaire minimum à 15 $. Je le déplore mais faut-il en faire de l’urticaire ? Cela remet-il en question la convergence indépendantiste et anti-austérité ? Je ne le crois pas.

Si on se fie aux résultats des élections de 2014, le PQ représente 75% de l’électorat souverainiste, QS 23% et ON 2 %. Il faut donc s’attendre à ce que le poids des diverses composantes varie au sein de l’éventuelle coalition. En toute légitimité, QS ne peut espérer que seulement environ le quart de ses revendications importantes se retrouvent sur la feuille de route commune. De même, si le PQ est élu minoritaire en 2018 et que QS détient la balance du pouvoir avec, disons, dix députés, QS ne devra pas anticiper de se voir offrir la moitié des portefeuilles ministériels, mais seulement un nombre significatif. Nous sommes collectivement en apprentissage du mode de fonctionnement en coalition, ce n’est pas encore dans notre culture politique. Il faudra y mettre des compromis, de la diplomatie et de la maturité.

  1. Concernant les « primaires sociales ».

L’idée d’Amir Khadir, d’organiser des « primaires sociales » en vue d’une convergence indépendantiste et anti-austérité, est sympathique mais peut-être dysfonctionnelle. Je m’explique. Il n’y a pas d’instance de coordination de la société civile engagée, du mouvement communautaire, des forces de changement. Qui organisera les primaires dans une circonscription donnée ? Quelle sera la crédibilité de l’organisme coordonnateur ? Quels sont les dangers de manipulation ? Poursuivre la lecture

Convergence : faire preuve de créativité

Paru dans Presse-toi-à-gauche du 29 mars 2016.

Presse-toi-à-gauche nous invite à contribuer au débat sur la situation du mouvement indépendantiste et sur ses perspectives.

Denis Monière, professeur de science politique à l’Université de Montréal a ébauché, dans Le Devoir du 17 février 2016 (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/463142/la-convergence-pour-quoi-faire) un modèle intéressant, qui n’est pas parfait mais qui a le mérite d’être concret. Ce modèle ferait exploser le nombre de députés potentiels de QS, d’ON et du PQ. En voici un large extrait :

« Il faut penser un système de distribution des circonscriptions transparent, équitable et qui minimise les pertes de votes en raison de la concurrence de candidatures indépendantistes. Il faut d’abord protéger les acquis de chaque parti, ce qui veut dire qu’il y aurait 33 circonscriptions protégées : trente pour le PQ et trois pour QS. Dans ces circonscriptions, les partis de la coalition ne se feraient pas concurrence, chaque parti ayant été élu en 2014 organisant le choix de son propre candidat et les deux autres partis acceptant de travailler à son élection. Il reste 92 autres circonscriptions à pouvoir qui étaient représentées soit par des libéraux ou par des caquistes. Si on utilise comme barème de distribution le pourcentage du vote obtenu par les différents partis indépendantistes à l’élection de 2014, le PQ pourrait présenter un candidat dans 69 circonscriptions, QS dans 19 et Option nationale dans 4. Ces circonscriptions pourraient être attribuées par tirage au sort.

« On peut aussi imaginer un système moins contraignant et ouvrant une compétition limitée entre partis indépendantistes en réservant une banque d’une vingtaine de circonscriptions où les partis fédéralistes ont eu le plus grand nombre de votes et où les chances de faire élire un indépendantiste sont quasi nulles. Dans ces circonscriptions imprenables, il y aurait lutte entre les partis indépendantistes. »

C’est un modèle qui présume une grande maturité politique de la part des partis. On est dans la logique de gouvernements de coalition. Qu’en pensez-vous ? Et surtout : avons-nous quelque chose de plus articulé, de plus créatif à proposer ?

Aide à domicile : une main d’oeuvre sous-payée

Paru sur les sites de l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche. Paru aussi dans La Force des sages (AQDR).    

Radio-Canada nous informe que les budgets alloués à l’aide à domicile sont en baisse dans les cinq Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’île de Montréal. Ils ont diminué de 9 % cette année par rapport à l’an dernier, ce qui représente une somme de 9 millions $. Le ministre Barrette, à tort, nie cette réalité en amalgamant les divers postes budgétaires : soins infirmiers à domicile, physiothérapie, ergothérapie, inhalothérapie, aide à domicile, etc.

Car les politiques décrétées par le ministre obligent maintenant les CIUSSS à référer, sauf exceptions, les demandes d’hygiène personnelle (bains et autres services connexes) aux entreprises d’économie sociale en aide domestique (EESAD). Or, dans la région de Montréal en particulier, les EESAD ne sont pas en mesure de fournir ces services car elles n’ont pas le personnel qualifié pour le faire, n’offrant pas des salaires compétitifs décents pour assurer cette tâche. Les EESAD proposent un taux horaire d’environ 11 $ (à peine plus que le salaire minimum) alors que les auxiliaires familiales qualifiées des CIUSSS touchent une rémunération bien méritée de plus de 18 $ l’heure pour la même responsabilité. De plus, les auxiliaires familiales des CIUSSS sont en contact direct avec l’équipe des autres intervenantes, ce que n’offrent pas les préposées des EESAD. Enfin, les usagers doivent payer les services d’hygiène personnelle des EESAD alors que ceux des auxiliaires familiales des CIUSSS sont gratuits. Bref, le ministre Barrette veut faire faire un travail délicat, nécessitant doigté et professionnalisme, par une main d’oeuvre non qualifiée et sous-rémunérée. C’est une forme de privatisation et une exploitation d’une main d’oeuvre essentiellement féminine.

Notons que les EESAD offrent par ailleurs des services d’entretien ménager pour lesquels elles ont un personnel adéquatement formé mais très mal rémunéré. Les tarifs sont fixés en proportion des revenus de l’usager.

L’Association québécoise de défense des droits des retraités (AQDR) demande que tous les services d’hygiène personnelle (bains et autres services connexes) soient donnés par les auxiliaires familiales des CIUSSS, qu’ils continuent à être gratuits et directement en lien avec le travail des autres intervenantes de leur établissement.

 

Secteur public : un peu de considération, s.v.p.

par Judith Gagnon, présidente, AQDR nationale

et Jacques Fournier, responsable, comité des communications

Paru sur les sites de l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche. Et dans La Force des sages (AQDR).

L’AQDR réunit plus de 27 000 membres dans 45 sections réparties sur l’ensemble du territoire québécois. Nos membres comptent sur des services publics de qualité pour mener une vie sociale active et bénéfique à l’ensemble dans la société.

Nous sommes d’avis que les offres du gouvernement aux travailleuses et travailleurs du secteur public ne reflètent pas la considération qui leur est due et contribuent plutôt à les appauvrir. Nous croyons que la lutte du personnel des services publics contre l’austérité vise à offrir la quantité et la qualité de services dont nous avons besoin, individuellement et collectivement.

Nous pensons que le gouvernement du Québec ne doit pas laisser entendre que la seule possibilité pour garnir ses coffres est d’augmenter les impôts de la classe moyenne. Il doit plutôt rechercher de façon créative des alternatives fiscales originales. Nous sommes nombreux, au sein de la société civile, à pouvoir lui en suggérer une panoplie.

L’élection récente d’un gouvernement libéral au fédéral, qui met de l’avant une perspective keynésienne, devrait inspirer le gouvernement québécois. S’il faut « garder le cap » sur un objectif, c’est celui de la cohésion d’une société solidaire et moins inégalitaire.

On n’était pas là pour se chicaner

Lettre parue dans Le Devoir du 21 octobre 2015.

Nous étions une dizaine d’amis, chez moi, lors de la soirée électorale. On a bien rigolé chaque fois que Tasha Kheiriddin parlait, on coupait le son, à cause du ton de sa voix. Il y avait moitié de pro-BQ et moitié de pro-NPD. Comme, pour la plupart, nous sommes amis depuis plus de 40 ans (le temps du Service universitaire canadien outremer, SUCO, en Afrique et en Amérique latine, le temps de la Presse Étudiante Nationale en 1965…), on n’était pas là pour se chicaner. On s’est déjà mutuellement pardonné bien des erreurs et des errances. Nous nous plutôt mutuellement consolés : les bloquistes consolaient les partisans du NPD lors de la dégringolade. Les pro-NPD se réjouissaient amicalement de l’élection de chacun des 10 bloquistes.

Tous, on a salué la défaite de Harper. On aurait tous préféré un gouvernement minoritaire. On espère que Justin va se montrer keynésianiste. On s’attend à ce qu’il provoque de nouveaux et incessants blocages (ou du mépris) dans la question nationale. On espère que Justin va disposer de la traduction simultanée en français lors de ses interventions pour qu’on le comprenne. On a versé une larme sur la défaite de Gilles. C’est l’ami Dominique qui a gagné la cagnotte (50 $) car il a mis de nombreux libéraux dans son pari.

On s’est consolés en mangeant du sucre à la crème, des abricots séchés, des amandes, du raisin frais et des Glosette aux raisins. Faut ce qu’il faut. On espère qu’il n’y aura pas une autre soirée électorale bientôt. A nos âges, on a de la misère à veiller tard.

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Deux nouveaux obstacles qui gênent le développement du bénévolat et du militantisme

Conclusion de l’intervention de Jacques Fournier, militant à l’AQDR, au Forum solidarité et engagement, organisé par l’Institut Mallet à l’Université Concordia le 14 octobre 2015.

Paru dans La Force des sages (AQDR) du 1er novembre 2015. Et sur les sites Vigile, l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

La troisième et dernière partie de ma présentation décrit deux nouveaux obstacles récents à la participation sociale des aînés.

1) A mon avis, le retrait progressif de l’État providence et la mise en place d’un État de plus en plus libéral nuit au développement du bénévolat dans le sens suivant. Il y avait auparavant certaines tâches relevant des services publics qui sont de moins en moins accomplies, des services publics qui sont de moins en moins rendus. On demande donc de plus en plus à des bénévoles, qui ne sont pas nécessairement qualifiés pour le faire, de rendre certains services qu’ils ne rendaient pas autrefois. Je prends un exemple concret. Une personne peut désirer faire des visites d’amitié, disons bimensuelles, à des personnes âgées isolées. Elle adore ce type de bénévolat. Mais il arrive que la bénéficiaire de la visite, ne recevant plus tel service de l’État, soit portée à demander gentiment à la personne bénévole de le faire à la place (exemple : pouvez-vous faire un peu de ménage, je n’ai pas les moyens de me payer les services de l’entreprise d’économie sociale en aide domestique, ou même, pouvez-vous m’aider à me laver, l’auxiliaire familiale du CLSC a été coupée, etc.). A l’AQDR, nous recevons des témoignages de coupures de services à tous les jours. Ces aimables demandes peuvent décourager la personne bénévole qui ne demandait qu’à faire une visite d’amitié. La bénévole va abandonner ses visites d’amitié : on ne contraint pas une bénévole. L’État ultra-libéral est-il en train de tuer la poule aux oeufs d’or du bénévolat ? Poursuivre la lecture

Comment favoriser l’engagement social des aînés

Présentation de Jacques Fournier, militant à l’AQDR, au Forum solidarité et engagement, organisé par l’Institut Mallet à l’Université Concordia le 14 octobre 2015.

Quelles sont les formes traditionnelles d’engagement des aînés ? Quelles sont les nouvelles formes d’implication ? Quelles pratiques innovantes favorisent leur engagement ? S’engagent-ils plus ou moins qu’auparavant ? S’engagent-ils différemment ? Comment les mobiliser davantage ? Quelles sont les contributions spécifiques des aînés au secteur de l’action bénévole et de l’engagement social ? Que nous réserve l’avenir ?

Voilà la belle panoplie de questions soumise aux trois panelistes. Je vais diviser ma présentation en trois points. Je vais d’abord résumer les éléments d’analyse que j’ai décrits dans Le Devoir du 5 août dernier sous le titre Peut-on accroître le militantisme et le bénévolat chez les aînés ? C’est probablement un peu la parution de cet article qui me vaut le plaisir d’être avec vous aujourd’hui.

Je vais ensuite tracer un portrait des « nouveaux » bénévoles en utilisant les données de l’excellente et toute récente étude intitulée « Un portrait du bénévolat d’aujourd’hui et de demain », par Andrée Sévigny, Danielle Lepage et Solange Proulx, de l’Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés de l’Université Laval (IVPSA).

Enfin, troisième et dernière partie, je vais décrire quelques-uns des nouveaux obstacles qui se dressent contre la participation sociale des aînés et examiner avec vous quels pourraient être les moyens de contrer ces obstacles. Poursuivre la lecture