Voter Bloc dans la sérénité

Paru dans Le Devoir du 8 septembre 2015 (en version abrégée). Également paru sur les sites de l’Aut’journal, Presse-toi-à-gauche et Vigile.

La moitié de mes amis vont voter Bloc, l’autre moitié NPD. C’est dire les pressions amicales que j’ai subies ! En tout respect pour l’opinion contraire, je vais voter Bloc. Je suis membre du Bloc depuis sa fondation en 1991.

Je souhaite un gouvernement NPD minoritaire. Les gouvernements minoritaires sont davantage à l’écoute de la population. Si on est fédéraliste de gauche, il faut cependant se demander s’il ne faut pas voter pour le parti fédéraliste le plus keynésien (en faveur des déficits et des dépenses publiques), soit les libéraux.

La FTQ va cibler, début septembre, une dizaine de comtés stratégiques, dans la région de Québec et les environs : elle suggérera de battre les conservateurs dans une dizaine de comtés en votant NPD ou pour un autre parti susceptible de battre les conservateurs (en faisant une analyse fine de la composition sociologique des comtés et des tendances antérieures). Ce seront des consignes pertinentes. Je ne suis pas bouché : si j’étais dans un de ces comtés, je voterais probablement NPD.

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Les derniers sondages indiquent que le NPD n’a pas besoin du Québec pour être le parti ayant le plus de députés. http://www.journaldemontreal.com/2015/08/28/sondage-prometteur-pour-gilles-duceppe

Dans tous les autres comtés, il n’y a pas de raison, selon moi, de ne pas voter Bloc. Dans la région de Montréal, il y a un seul comté où cela oscille entre les conservateurs et les libéraux. Dans l’ouest de Montréal, comme toujours, les libéraux dominent. Dans l’est de Montréal et dans le 450, ce sera un duel NPD-Bloc. Il ne faut avoir aucune hésitation dans ce cas, si on est souverainiste, à voter Bloc. L’argument « Non à Harper » ne tient pas dans ces comtés.

Selon les sondages, 40 % (entre 37 et 42%) des Québécois sont souverainistes (50% des francophones du Québec). Il faut que cela se traduise à Ottawa. Si le Bloc est lavé, le Publicsac appelé la Presse, Radio-Canada et autres média fédéralistes voudront, une nouvelle fois, constater le décès de la cause souverainiste.

Je suis triste pour mes amis de QS qui vont voter NPD. Car dès le lendemain de l’élection, le NPD Canada va vraisemblablement aider à mettre sur pied un NPD sur la scène québécoise. On appelle cela un coup de Jarnac !

Peut-on accroître le militantisme et le bénévolat chez les aînés ?

Paru dans Le Devoir du 5 août 2015.

Paru sur les sites Vigile, l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche. Également dans le bulletin La Force des sages, publié par l’AQDR, en septembre 2015.

De nombreux organismes communautaires ont besoin de bénévoles. Peut-on favoriser une augmentation du militantisme et du bénévolat chez les aînés ? Si oui, comment ?

26% des aînés font du bénévolat

Selon le Réseau de l’action bénévole du Québec et l’Institut de la statistique du Québec, plus de 2,4 millions de Québécoises et Québécois âgés de 15 ans et plus font annuellement du bénévolat au Québec. La proportion de bénévoles parmi les 65 ans et plus est d’environ un quart (26,4 %) alors que 32% des Québécois âgés de 15 ans et plus font du bénévolat auprès d’organismes. Les jeunes âgés de 15 à 24 ans sont le groupe d’âge qui ont le plus haut taux de bénévolat (66%). Par contre, ils donnent beaucoup moins d’heures que leurs aînés: les jeunes de 15 à 19 ans fournissent 110 heures en moyenne par an comparativement aux personnes âgées de 65 à 74 ans, qui donnent 231 heures en moyenne.

Le nombre total d’heures que les personnes âgées de 65 ans et plus offrent compte pour près du cinquième (19 %) des heures dont profitent les organismes au Québec. Les aînés ont une plus grande disponibilité mais, par contre, leur état de santé est souvent plus fragile.

Têtes blanches, toujours carré rouge

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De belles rencontres inter-générationnelles

Paru sur la page Facebook d’Éducation 3e âge du collège Maisonneuve et dans La Force des sages (AQDR) de juin 2015.

A quelques reprises, j’ai eu la chance de participer à des belles rencontres inter-générationnelles organisées par Éducation 3e âge du Collège Maisonneuve. Il s’agit, pour deux aînés (une femme, un homme), d’aller bénévolement rencontrer environ 40 jeunes étudiants du cégep, dans le cadre d’un cours de psychologie, pour leur faire part durant environ trois heures, de notre parcours de vie.

Les questions sont nombreuses et franches. On commence par des sujets plus anodins : ressentez-vous des pertes physiques ? Pouvez-vous faire tout ce que vous pouviez faire lorsque vous étiez plus jeunes ? Puis on aborde des sujets plus costauds : avez-vous réalisé vos rêves ? Avez-vous exercé le métier ou la profession que vous pensiez pratiquer dans votre jeunesse ? Votre vie a-t-elle été un échec ou une réussite ? Vos valeurs ont-elles changé entre votre jeunesse et maintenant ? Tout y passe : avez-vous plus d’amis ou moins d’amis maintenant qu’auparavant ? Les voyez-vous plus souvent ou moins souvent ? Quelques sont vos rapports avec vos enfants ? Sont-ils différents de ce qu’étaient vos rapports avec vos propres parents ? Quels sont vos liens avec vos petits-enfants ? Avez-vous encore des rêves et des projets ? Croyez-vous que vous les réaliserez avant de mourir ? Avez-vous peur de la mort ?

Quels sont vos liens avec vos petits-enfants ?

Quels sont vos liens avec vos petits-enfants ?

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Faut-il résister aux politiques inacceptables du gouvernement Couillard ?

Billet paru dans La Force des sages (AQDR).

Résister aux politiques destructrices du gouvernement Couillard, est-ce utile ? De nombreuses personnes croient que non, que l’adversaire, que le système est trop fort. Il faut distinguer deux aspects, le philosophique et le politique.

Au plan philosophique, il faut résister, même si c’est inutile. Même si nos gestes semblent absurdes. Il faut résister pour pratiquer notre liberté. Le dramaturge tchécoslovaque Vaclav Havel, quand il résistait en 1977, à l’époque de la fameuse Charte 77, ne voyait pas le bout du tunnel. Il résistait quand même. Par hygiène, pour sa santé mentale, pour combattre l’absurdité. Sans espoir. Désespérément, comme le préconise le philosophe français André Comte-Sponville. Même si l’échelle semble différente entre les résistants contre l’oppression soviétique et nos résistants québécois contemporains, au plan philosophique, la question est la même. On ne parle pas ici des moyens, mais du principe de la résistance.

Au plan politique, il faut résister même si cela semble inutile. Car on ne sait jamais. On ne sait pas quand une masse critique de résistants sera atteinte. Quand l’équilibre sera rompu. Quand les changements arriveront. Il faut résister au cas où notre résistance porterait fruit. Il ne faut pas être pressés ou impatients. Au printemps, tôt ou tard, la débâcle survient. Il faut résister avec espoir.

Dans tous les cas, il faut résister à la pensée unique. Comme Thoreau, Jean Moulin, Gandhi, Mandela et tant d’autres.

P.S. Texte personnel inspiré par une série de quatre soirées sur l’histoire de la résistance, animées par le professeur Éric Dussault, Ph.D., dans le cadre des Belles soirées de l’Université de Montréal.

Jean Moulin, résistant français

Jean Moulin, résistant français

 

Contre l’austérité, des actions joyeuses et chaotiques

Billet paru dans La Force des sages (AQDR) et dans Interaction communautaire (RQIIAC).

La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics (COTPSP) annonce une semaine d’actions « dérangeantes », du 22 au 27 février, pour protester contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard. Ces manifestations, et les autres qui suivront, seront-elles utiles ? efficaces ?

Les événements du Printemps érable ont certes contribué à l’élection d’un gouvernement du Parti québécois et à l’annulation ultérieure de la hausse des frais de scolarité. Ce n’est pas rien.

Les actions mises de l’avant en vue d’un Printemps 2015 visent au moins deux effets. D’une part, elles agiront comme des soupapes : elles permettront à de nombreuses personnes insatisfaites du gouvernement Couillard (62% de la population, selon les récents sondages) d’exprimer leur colère légitime publiquement, au lieu de ronchonner stérilement devant leur téléviseur. Ces personnes iront retrouver des amis et des compagnons et compagnes de lutte dans une atmosphère conviviale de solidarité.

D’autre part, les manifestations forceront les médias dominants à faire écho, au moins à l’occasion, à l’insatisfaction de la population : elles maintiendront ainsi dans l’actualité le fait que « tout ne va pas bien, madame la marquise » et que des changements concrets sont attendus en vue d’une meilleure recherche du bien public. Elles contribueront à combattre le cynisme facile et l’impuissance entretenue de ceux qui croient que des changements ne sont pas possibles. Elles mettront la table et maintiendront la pression pour encourager une série d’autres moyens de lutte. Leur aspect parfois chaotique sera probablement à l’image de ce chaos que le gouvernement Couillard a commencé à créer dans les programmes sociaux. Ce n’est pas rien.

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Internet est-il un facteur de sociabilité ou d’isolement ?

Billet paru dans La Force des s@ges (AQDR) de février 2015.

Internet est-il un facteur qui augmente la sociabilité ou l’isolement des citoyens ? Demandons à Manuel Castells, chercheur et professeur d’origine catalane, ce qu’il a observé : « Je suis un chercheur empirique. En Catalogne, j’ai conduit l’une des études les plus complètes, avec pas moins de 55 000 entretiens – 15 000 entretiens physiques, 40 000 par Internet – pour analyser les comportements réels. Si l’on regarde vraiment ce qui se passe dans la pratique, on constate qu’Internet renforce la sociabilité et diminue l’isolement. Plus on utilise Internet, plus on est sociable, plus on est capable de se rapporter aux autres, plus on est politisé, plus on est participatif. Plus on a d’amis sur Internet, plus on a d’amis qu’on rencontre physiquement. Ça se renforce ! C’est un résultat empirique général : Internet n’est pas un instrument d’isolement ». (in Monique Atlan et Roger-Pol Droit, Humain – une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies, Flammarion-Champs, 2012, p. 438.)

Castells constate que le pouvoir politique est toujours fondé sur le contrôle de la communication et de l’information. Il note aussi que la coercition ne suffit jamais pour  exercer le pouvoir. Ce dernier repose plutôt sur sa capacité de formater l’esprit humain, dans la mesure où notre façon de ressentir et de penser détermine notre façon d’agir, individuellement et collectivement. Tout pouvoir se doit donc d’organiser le consentement, d’instiller la peur ou de susciter la résignation vis-à-vis de l’ordre (p. 434).

Même s’il met en garde contre certaines dérives de l’Internet, Castells est fondamentalement un cyberoptimiste. Il se réjouit de l’existence des « amateurs professionnels », qui à travers leurs blogues, dans une forme d’expression de soi, malmènent le principe d’autorité traditionnelle des experts de toutes disciplines (p. 436). Ce sont là de nouveaux outils parmi les vecteurs renouvelés de la démocratie.

A y perdre son latin

Billet paru dans La Force des s@ges (AQDR) de février 2015.

Quia ego nominor leo (parce que je m’appelle lion). Parce qu’il a été élu de façon majoritaire, le gouvernement Couillard se croit tout permis et, de façon autoritaire, fait table rase d’acquis sociaux gagnés de haute lutte. Il procède rapidement, brusquement, sans vraiment consulter.

Cette locution latine, c’est probablement celle qu’emploierait mon ancien professeur de latin, Honoré Jean, qui m’a enseigné en 1962-63 au collège Sainte-Marie (1848-1969). Un an après ma retraite, en 2008, j’ai repris contact avec Honoré, quarante-cinq ans plus tard, pour le remercier de m’avoir ouvert au monde, alors que j’avais quinze ans. Aujourd’hui, je suis en contact régulier avec Honoré via Internet. On a du plaisir à casser ensemble du sucre sur le dos du gouvernement Couillard. On se taquine avec des bouts de phrases en latin — Google m’aide beaucoup.

Incidemment, au début de sa carrière politique, Philippe Couillard avait l’habitude d’émailler ses discours de citations latines et autres. Il ne le fait plus. Il a perdu ses humanités, peut-être même son humanité. Au printemps prochain, les Québécois iront ab irato (dans un mouvement de colère) manifester contre son gouvernement. Car Qui futuri sunt moliti (l’avenir appartient à ceux qui luttent). Sic.

Parce que je m'appelle lion.

Parce que je m’appelle lion.

Projet de loi 10 : la résilience ou la résistance ?

Paru dans La Force des s@ges de janvier 2015.

Dans le Devoir du 10 décembre 2014, on trouve un compte rendu d’une rencontre nationale sur l’avenir du système de santé (article réservé aux abonnés). Dans le contexte du projet de loi 10, qui force une nouvelle fois la fusion des établissements du réseau, on se demande quelle attitude adopter : la résilience (composer le mieux possible avec les changements imposés) ou le devoir de résistance ? Certains prêchent de taire nos objections et de jeter la serviette face aux changements technocratiques, autoritaires, inutiles et dangereux proposés. Ce sont souvent des personnes (cadres, etc.) qui ont intérêt à ne pas faire de vague pour poursuivre leur mobilité ascendante.

D’autres disent que, puisque le système actuel ne fonctionne pas bien, il faut du changement, n’importe quel changement, cela ne peut être pire (hélas, oui, cela peut être pire, le projet de loi 10 en est la preuve). D’autres enfin se tiennent debout : tant que le projet de loi n’est pas adopté, il faut résister. Et si, par malheur, il est finalement adopté, il faudra encore le dénoncer, le combattre. On ne nous fera pas taire. En commission parlementaire, de nombreuses suggestions positives pour améliorer le réseau ont été mises de l’avant, solutions qui ne requièrent aucune fusion. Ce n’est pas vrai que les opposants n’ont pas de solution de rechange. Le ministre Barrette n’a rien voulu entendre. Il croit qu’il est le seul à avoir raison. Nous allons nous battre contre sa réforme. Sans arrêt. Avec tout le souffle dont nous sommes capables. C’est un devoir.

Note : une intervenante me demande : comment les intervenantes du réseau peuvent-elles résister sans mettre leur tête sous la guillotine ? Une suggestion pratique : allez voir votre syndicat ! Même si tous les syndicats ne sont pas également engagés, il faut y constituer une masse critique active. Et avec un peu d’imagination et un travail collectif…

Un peuple empêché

Paru sur les sites L’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

Nous sommes un peuple empêché. D’autres peuples le sont.

Certains disent que l’on devrait porter du noir, pour confirmer le deuil de nos illusions. D’autres croient que l’on devrait revêtir le rouge, car tant de peuples ont dû verser leur sang pour obtenir leur indépendance. Certains affirment que l’on devrait s’habiller en bleu car là sont nos racines.

D’autres expliquent que l’on devrait s’accoutrer en vert, le souci écologique étant la condition de notre survie. Certains pensent que l’on devrait se costumer en couleur orange, mais la maigre social-démocratie pancanadienne se nourrit de la confusion concernant notre destin national québécois. D’autres nous verraient hisser le drapeau blanc, signe de reddition, que l’on pourrait glorifier en lâcher-prise, en sérénité.

Je crois que, peu importe la couleur, il faut continuer à manifester notre désaccord et notre colère face à un ennemi, le néo-libéralisme triomphant, qui n’avance jamais à visage découvert et qui se cache même dans nos pensées, qu’il a colonisées.

 

Comment mobiliser nos membres en vue des manifestations ?

Paru dans La Force des s@ges (AQDR) de janvier 2015.

Une amie me demandait : comment pourrions-nous mobiliser nos membres de l’AQDR pour qu’ils manifestent davantage contre les politiques inacceptables du gouvernement Couillard, politiques qui nuisent aux aînés-es ? C’est sûr, au départ, que les retraités ne sont pas les plus nombreux dans les manifestations. Par contre, les militants-es, ceux et celles qui ont manifesté toute leur vie, continuent à le faire après la retraite. Après tout, même bien occupés à la retraite, on a du temps davantage que nos enfants qui élèvent leurs enfants.

Selon mon expérience, il n’y a pas 56 recettes. Ce sont les sections locales – et non le national – qui sont le mieux placées, aiguillonnées, bien sûr, par le national. Ce sont les sections qui doivent contacter leurs membres, leur donner un point de rendez-vous précis et fournir un moyen de transport au besoin. Il faut un leadership local : « on y va en groupe » (une petite bannière rassembleuse avec ça ?).

Photo: André Querry. Manif du 29 novembre 2014.

Photo: André Querry. Manif du 29 novembre 2014.

Pour moi, quand je vais à une manif, c’est aussi, en plus de la Cause, pour voir des amis. Si la section crée un climat de complicité et d’entraide, les membres viendront pour sortir et s’encourager entre eux.

Alors, si votre état de santé le permet, ne vous contentez pas d’une sympathique signature au bas d’une pétition et allez prendre l’air en manifestant entre amis ! Avez-vous d’autres suggestions pour mobiliser nos membres et nos sections locales ? Elles sont bienvenues !

P.S. Le journal La Presse dira que nous n’étions que quelques centaines de manifestants-es mais vous aurez vu de vos propres yeux que nous étions plusieurs dizaines de milliers… et vous le direz à vos amis, en plus de l’écrire dans les médias sociaux.

Voir le site satirique La Pravda (un texte ironique).

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