Frais médicaux accessoires : qu’est-ce qui est permis ?

A paraître dans L’AQDR Express du 1er novembre 2016.

Le dossier des frais médicaux accessoires est en pleine évolution. Le ministre Barrette joue au chat et à la souris avec le gouvernement fédéral car la Loi canadienne de la santé interdit les frais accessoires. Le fédéral menace donc de pénaliser financièrement Québec si le ministre Barrette continue à permettre aux médecins de charger des frais accessoires  — dans le passé, le fédéral a effectivement coupé une partie du financement de provinces délinquantes.

Au départ, le ministre Barrette se proposait de « baliser » (limiter) les frais accessoires, même si cela est un peu hypocrite car les médecins sont très créatifs dans la façon de facturer des frais (au début du régime, en 1970, il avait été convenu que le tiers environ de la rémunération des médecins devait être consacré aux locaux, téléphones, services de secrétariat et fournitures diverses). Le ministre a ensuite annoncé que les frais seraient abolis le premier janvier 2017 mais rien n’est clair dans ce dossier. Car le ministre a aussi dit que des frais pourraient être chargés pour le transport d’échantillons (prélèvements): on cherche la logique de cette trouvaille qui contrevient, elle aussi, à la Loi canadienne de la santé.

Par ailleurs, l’avocat Me Jean-Pierre Ménard a demandé à la Cour fédérale qu’elle interdise au Dr Barrette de permettre les frais accessoires. Cette démarche a irrité profondément le ministre.  Même s’il dit que les m.d. devront absorber les frais, on constate qu’il négocie actuellement (sempiternellement) avec les fédérations de médecins. Et les pourparlers avec Ottawa ne sont pas encore terminés.

Pour savoir ce qu’un m.d. a le droit de vous charger, allez sur le site de la RAMQ. Ces informations sont constamment mises à jour. C’est la responsabilité de la RAMQ de nous informer car ce dossier est compliqué :

http://www.ramq.gouv.qc.ca/fr/citoyens/assurance-maladie/soins/Pages/frais-facture-medecin.aspx

http://www.ramq.gouv.qc.ca/fr/professionnels/medecins-specialistes/facturation/legalite-frais-demandes/Pages/introduction.aspx

Si vous n’êtes pas sûr, n’hésitez pas à appeler à la RAMQ pour vous informer ou pour vous plaindre :

http://www.ramq.gouv.qc.ca/fr/nous-joindre/citoyens/Pages/nous-joindre.aspx

Comme en fait foi l’article suivant, les droits des usagers ne sont actuellement pas respectés. C’est ce qu’affirme la Vérificatrice générale :

http://www.journaldequebec.com/2016/05/10/frais-accessoires-quebec-na-pas-le-controle-confirme-la-verificatrice-generale

L’AQDR continue à suivre ce dossier de près.

 

Une autre consultation-bidon du ministre Barrette

Paru sur les sites Vigile et Presse-toi-à-gauche. A paraître dans L’AQDR Express du 1er novembre 2016. 

Il y a quelques années, j’ai vu un dessin très drôle. Un jongleur est reçu en audition par le directeur d’un cirque. Il utilise simultanément des dizaines d’accessoires : balles, cerceaux, quilles, etc. Il met à contribution toutes les parties de son corps : les pieds, les genoux, la taille, les coudes, les mains, les épaules, la tête, le nez, etc. Tous les accessoires tournent en même temps. Le directeur lui demande : « Et avec les oreilles, vous ne faites rien ? »

Cette blague me fait penser au ministre Barrette : il voudrait que le personnel des CHSLD en fasse davantage.

Le ministre a annoncé le 19 septembre la mise en oeuvre d’une démarche visant à presser davantage le citron d’un personnel qui est déjà débordé et épuisé : « Avec l’adoption de la loi 10, nous nous sommes donné les moyens de recenser les meilleures pratiques dans le réseau. Nous nous sommes assurés que celles-ci soient partagées et qu’elles puissent être implantées partout au Québec. Actuellement, certains établissements sont très performants, d’autres moins. Nous voulons que les plus performants puissent mettre leur expertise au profit des autres », a déclaré le ministre.

Cette démarche est irréaliste et ne tient pas compte des coupures de centaines de millions qui ont été effectuées dans le réseau ces dernières années. Si on veut davantage de bains dans les CHSLD, il faut ajouter du personnel, et non pas en retirer. Poursuivre la lecture

Services à domicile : une bonne nouvelle qui n’en est pas une

Paru sur les sites de L’Aut’journal, de Vigile et de Presse-toi-à-gauche. Paru dans L’AQDR Express du 1er octobre 2016.

Le gouvernement québécois a annoncé le 24 août, en catimini, l’octroi d’une somme de 14,1 millions $ à la Fédération des coopératives de services à domicile afin de former quelque 4 500 préposés d’aide à domicile à la dispensation de soins directs à la personne (bains, etc.). Ce qui apparaît comme une bonne nouvelle est en réalité une mauvaise.

La vraie nouvelle : le gouvernement annonce ou confirme qu’il fera dorénavant réaliser par les entreprises d’économie sociale en aide domestique (EESAD) des tâches spécialisées (les bains à domicile, etc.) qui étaient autrefois effectuées gratuitement par les auxiliaires familiales des CLSC. Le gouvernement annonce que des femmes, majoritairement, seront payées un peu plus de 12,50 $ de l’heure, seulement, pour des fonctions qui commandaient jusqu’ici une rémunération adéquate d’environ 19 $. Le gouvernement annonce que ces femmes devront se contenter de vivre au-dessous du seuil de la pauvreté. Le gouvernement annonce qu’une formation de 120 heures est maintenant suffisante pour donner des bains aux personnes en perte d’autonomie, alors que les auxiliaires familiales des CLSC bénéficient d’une formation de 975 heures.

Le gouvernement annonce que les services à domicile à la personne (bains, soins d’hygiène, etc.) devront dorénavant, sauf exceptions, être payés par les usagers. Le gouvernement annonce qu’à cause des salaires trop bas, les EESAD continueront à connaître un taux de rotation élevé du personnel, surtout dans la région de Montréal, ce qui ne facilite pas la continuité des services. Poursuivre la lecture

Billet : la démocratie participative en péril

Paru sur les sites de L’Aut’journal, de Vigile et de Presse-toi-à-gauche. Paru dans L’AQDR Express du 1er octobre 2016.

Je ne suis pas un partisan de la « politique de la chaise vide ». Je crois que lors des commissions parlementaires et consultations gouvernementales, les groupes communautaires, féministes, écologistes, les syndicats, les citoyens et citoyennes doivent faire des mémoires et des représentations. Quand quelques-unes de nos propositions sont retenues, on se dit qu’on n’a pas perdu son temps.

Mais je constate qu’avec le ministre Gaétan Barrette, les paramètres ont changé. En plus de quarante ans de militance dans le milieu communautaire, je n’ai jamais vu un ministre aussi obtus et fermé. Par exemple, lors de la commission parlementaire sur la création des super-hyper-méga-établissements, il n’a pas pris en considération 95% des mémoires présentés. Il croit qu’il a toujours raison et qu’il n’a pas besoin des avis des autres. Il a ouvertement méprisé les chercheurs qui posaient des questions de fond.

Au cours des prochains mois, le ministre Barrette fera de nouvelles consultations sur diverses politiques. Devrait-on lui présenter des mémoires ? Certains de mes amis disent : boycottons-le, ne lui présentons aucun mémoire, il sera sidéré et cela le fera réfléchir. J’en doute : le ministre dira plutôt que son projet est parfait puisque personne ne le conteste.

Dans nos groupes communautaires et dans nos syndicats, on sait tout ce que la rédaction d’un mémoire implique : recherches, remue-méninges, consultations, etc. pour arriver au consensus le plus démocratique possible au sein de l’organisme. Sur le ton de l’humour, je suggère ceci : présentons à Gaétan Barrette un copié-collé de nos précédents mémoires car il ne les a pas lus. Il n’y verra que du feu. Cela nous facilitera la tâche et nous économiserons ainsi nos énergies. Décidément, le ministre Barrette a un sérieux problème avec la démocratie participative.

Le ministre écoutant un mémoire en commission parlementaire.

Le ministre écoutant un mémoire en commission parlementaire.

 

 

Assemblée annuelle de l’AQDR nationale: on refait le plein d’énergie

Paru dans L’AQDR Express du premier juillet.

L’AQDR nationale a tenu sa Journée d’orientation et son Assemblée générale annuelle à Trois-Rivières, les 7 et 8 juin. Deux journées stimulantes, animées de main de maître par Nicole Lacelle, qui ont redonné de l’énergie aux personnes présentes, en provenance de toutes les régions du Québec.

Un cahier des revendications du Mouvement AQDR

La Journée d’orientation a permis l’étude, en ateliers et en plénière, d’un projet de Cahier de revendications du Mouvement AQDR. La présidente, Judith Gagnon, a précisé qu’il est essentiel, à ce moment-ci de son histoire, que l’AQDR reprécise ses revendications : quels sont les grands enjeux et les droits importants ? quelles sont nos cibles prioritaires ? Les revendications portent sur dix droits : revenu décent, logement convenable, services à domicile accessibles et de qualité, services sociaux et de santé publics et de qualité, offre de transport accessible et abordable, milieu de vie sécuritaire, participation sociale et citoyenne à part entière, plein accès au marché de l’emploi et à la conciliation travail-retraite, éducation et culture, environnement sain et respectueux de la biodiversité.

Le comité Enjeux stratégiques qui a préparé le Cahier se composait de Judith Gagnon, René Bélanger, Jean Carette, Claude Godbout, Réjean Goulet, Nicole Laveau, Carole Rivard-Lacroix, France Neveu, Lyne Baillargeon, Samuel Labrecque et France Leblanc. Les délibérations ont permis de préciser plusieurs des cibles prioritaires et d’en ajouter de nouvelles. La version no 2 du Cahier sera envoyée aux sections pour qu’elles en débattent. La version finale sera adoptée par l’Assemblée des présidents des sections à Rivière-du-Loup en octobre. Le résultat final sera par la suite publié dans notre revue La Force de l’âge.

Le CA de l'AQDR.

Le CA de l’AQDR. Cliquez sur la photo pour l’agrandir.

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Barrette, Habermas et l’éthique de la discussion

Paru sur les sites de l’Aut’journal, de Presse-toi-à-gauche et de Vigile. A paraître dans La Force des sages (AQDR).

Le grand philosophe allemand Jürgen Habermas, né en 1929, a décrit de façon éclairante les conditions d’un dialogue social fructueux. Premièrement, il faut que les interlocuteurs soient disposés dès le départ à changer d’opinion à la suite de l’échange. Deuxièmement, les interlocuteurs doivent avoir la capacité et le désir de se mettre dans la peau de l’autre, de voir les conséquences de leurs propres opinions sur l’autre. C’est ce qu’il appelle l’éthique de la discussion.

Habermas

Habermas

Malheureusement, avec le ministre Barrette, ce dialogue social s’avère systématiquement infructueux. Le ministre est sûr d’avoir toujours raison. Par exemple, à la Commission parlementaire sur le projet de loi 10 concernant les méga-fusions, il n’a pas pris en compte le contenu de 95 % des mémoires soumis. On a de plus en plus l’impression qu’il est inutile de faire des représentations auprès du ministre puisque son idée est déjà faite et qu’il n’en changera pas. Les temps sont durs pour l’éthique de la discussion, sous le ministre Barrette. Poursuivre la lecture

Billet – Pour habiller qui ?

Lettre parue dans Le Devoir du 25 mars 2016.

Le ministre Barrette a décidé de forcer les CLSC à transférer des ressources humaines vers les Groupes de médecine familiale (GMF). Cela ne donnera aucun service de plus à la population. Mais cela contribuera à démanteler le secteur public. Des ressources humaines variées, en service social et en réadaptation, passeront sous la direction de médecins. Un pas de plus vers la médicalisation du système de santé. Un pas de plus vers la gestion privée des ressources publiques. On va encore déshabiller Jean pour habiller Gaétan.

Aide à domicile : une main d’oeuvre sous-payée

Paru sur les sites de l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche. Paru aussi dans La Force des sages (AQDR).    

Radio-Canada nous informe que les budgets alloués à l’aide à domicile sont en baisse dans les cinq Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’île de Montréal. Ils ont diminué de 9 % cette année par rapport à l’an dernier, ce qui représente une somme de 9 millions $. Le ministre Barrette, à tort, nie cette réalité en amalgamant les divers postes budgétaires : soins infirmiers à domicile, physiothérapie, ergothérapie, inhalothérapie, aide à domicile, etc.

Car les politiques décrétées par le ministre obligent maintenant les CIUSSS à référer, sauf exceptions, les demandes d’hygiène personnelle (bains et autres services connexes) aux entreprises d’économie sociale en aide domestique (EESAD). Or, dans la région de Montréal en particulier, les EESAD ne sont pas en mesure de fournir ces services car elles n’ont pas le personnel qualifié pour le faire, n’offrant pas des salaires compétitifs décents pour assurer cette tâche. Les EESAD proposent un taux horaire d’environ 11 $ (à peine plus que le salaire minimum) alors que les auxiliaires familiales qualifiées des CIUSSS touchent une rémunération bien méritée de plus de 18 $ l’heure pour la même responsabilité. De plus, les auxiliaires familiales des CIUSSS sont en contact direct avec l’équipe des autres intervenantes, ce que n’offrent pas les préposées des EESAD. Enfin, les usagers doivent payer les services d’hygiène personnelle des EESAD alors que ceux des auxiliaires familiales des CIUSSS sont gratuits. Bref, le ministre Barrette veut faire faire un travail délicat, nécessitant doigté et professionnalisme, par une main d’oeuvre non qualifiée et sous-rémunérée. C’est une forme de privatisation et une exploitation d’une main d’oeuvre essentiellement féminine.

Notons que les EESAD offrent par ailleurs des services d’entretien ménager pour lesquels elles ont un personnel adéquatement formé mais très mal rémunéré. Les tarifs sont fixés en proportion des revenus de l’usager.

L’Association québécoise de défense des droits des retraités (AQDR) demande que tous les services d’hygiène personnelle (bains et autres services connexes) soient donnés par les auxiliaires familiales des CIUSSS, qu’ils continuent à être gratuits et directement en lien avec le travail des autres intervenantes de leur établissement.

 

Le BIC : pour ne pas se sentir seul à ramer dans la chaloupe

Paru dans le Bulletin Interaction communautaire (BIC) no 100. Publié par le Regroupement des intervenants-es en action communautaire en CLSC (RQIIAC).

Notre collègue Gilles Brazzalotto a eu la gentillesse de m’inviter à écrire quelques mots dans le 100e numéro du Bulletin Interaction communautaire (BIC) dont j’ai été rédacteur en chef pendant 19 ans (1988-2007).

Gilles me propose de dire en quoi le BIC peut être utile et soutenant pour les intervenantes et intervenants. A l’occasion des 20 ans du RQIIAC, en 2008, j’ai écrit deux textes à ce propos. Sur notre page web du RQIIAC, on trouve des extraits d’un historique de la revue Interaction communautaire, ainsi que des extraits d’un article sur Interaction communautaire comme outil (voir le bas de la page).

La version intégrale de l’historique d’Interaction communautaire est disponible ici, dans les chroniques de Jacques . Et la version complète de l’article « Interaction communautaire, un outil pour notre communauté de pratiques » se trouve ici .

Je ne voudrais donc pas répéter tous ces matériaux soigneusement consignés alors que c’était encore frais dans ma tête. Je conclurai tout simplement en disant que le travail d’OC n’est pas évident. On a parfois l’impression de ramer seul… Si le bulletin peut permettre à quelques intervenants-es de ne pas se sentir seuls-es à ramer dans la chaloupe, c’est déjà tout un acquis.

Gilles me suggère aussi de partager un article qui m’a particulièrement marqué. Il y en aurait trop. Alors, je vais partager une couverture, celle du no 65 paru en hiver-printemps 2004. La couverture est en renversé, comme on dit en graphisme : lettres blanches sur fond noir. On y lit, en gros caractères : « 17 décembre 2003, jour noir pour les CLSC. Adoption du projet de loi 25 qui force les fusions CLSC-CHSLD-CH (réforme Couillard). Un grave recul pour les services de première ligne, les services de proximité, l’approche territoriale, le sentiment d’appartenance et la prévention. Tout sera à recommencer dans quelques années. »

Depuis ce temps, la situation s’est aggravée avec la loi 10 du ministre Barrette qui a fusionné les CSSS en CISSS ou CIUSSS. Je crois néanmoins et toujours que, dans quelques années, il faudra défusionner tout cela pour redonner de la vie, de l’autonomie et de la souplesse aux CLSC et aux autres établissements, pour leur redonner une taille normale et humaine, ce qui est recommandé majoritairement par la littérature scientifique (1) concernant les établissements de services à la personne. Un jour, on se remettra à fonctionner conformément à la science.

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(1) Voir, entre autres, les études compilées par le chercheur Damien Contandriopoulos.

Secteur public : un peu de considération, s.v.p.

par Judith Gagnon, présidente, AQDR nationale

et Jacques Fournier, responsable, comité des communications

Paru sur les sites de l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche. Et dans La Force des sages (AQDR).

L’AQDR réunit plus de 27 000 membres dans 45 sections réparties sur l’ensemble du territoire québécois. Nos membres comptent sur des services publics de qualité pour mener une vie sociale active et bénéfique à l’ensemble dans la société.

Nous sommes d’avis que les offres du gouvernement aux travailleuses et travailleurs du secteur public ne reflètent pas la considération qui leur est due et contribuent plutôt à les appauvrir. Nous croyons que la lutte du personnel des services publics contre l’austérité vise à offrir la quantité et la qualité de services dont nous avons besoin, individuellement et collectivement.

Nous pensons que le gouvernement du Québec ne doit pas laisser entendre que la seule possibilité pour garnir ses coffres est d’augmenter les impôts de la classe moyenne. Il doit plutôt rechercher de façon créative des alternatives fiscales originales. Nous sommes nombreux, au sein de la société civile, à pouvoir lui en suggérer une panoplie.

L’élection récente d’un gouvernement libéral au fédéral, qui met de l’avant une perspective keynésienne, devrait inspirer le gouvernement québécois. S’il faut « garder le cap » sur un objectif, c’est celui de la cohésion d’une société solidaire et moins inégalitaire.