Chronique du grand-père – Des moments magiques

Paru dans L’AQDR Express du 1er octobre 2016.

Avec ma petite-fille Ève, qui a cinq ans, j’ai découvert un nouveau jeu et passé des moments magiques. J’en fais part à tous les parents et grands-parents que je connais. Le jeu s’appelle Bisous-dodo (3 à 6 ans) et se termine par le dodo de l’enfant : on pige des cartes et quand les trois cartes drap, oreiller et doudou sont réunies, l’enfant va au lit. Mais en fait, on peut utiliser des variantes. Les cartes sont des dessins, il n’est pas besoin de savoir lire pour jouer.

Ainsi, quand on pige une carte où l’on voit un coeur sur un coude, l’enfant (ou le parent) donne un baiser sur le coude. S’il y a un coeur sur un genou, c’est un baiser sur le genou. Et s’il y a des coeurs partout, on donne des baisers partout. Il y a aussi le baiser-papillon (du bout des cils, en clignant des yeux), le baiser esquimau (en se frottant doucement le nez), la carte pour imiter le hibou, celle pour imiter le chat, la plume pour chatouiller, la carte des notes pour chanter une chanson, etc. Bref, quand je joue à Bisous-dodo avec Ève, c’est un festin de bisous variés. Elle n’est pas avare de son affection. Quand elle tire la carte bisous partout, c’est la fiesta. Elle rit sans arrêt. Grands-parents, courez acheter votre Bisous- dodo. Ève, puisses-tu rester aussi rieuse toute ta vie !

bisous-dodo

Un film américain minable : quel est le message ?

Billet d’humeur paru dans le Carnet des simplicitaires (simplicité volontaire).

L’autre soir, j’ai écouté (en différé) un film américain minable, à TVA, pourtant coté 4 dans le télé-horaire. Le titre : Jeune adulte. 2011. Comédie dramatique de Jason Reitman avec Charlize Theron dans le rôle principal (Mavis). Une romancière divorcée, fin de la trentaine, retourne dans son patelin de jeunesse afin de reconquérir son ancien amoureux, marié et récemment père de famille. Mavis, quand elle était jeune, était la plus jolie fille de l’école. Mais les choses ne se passent pas comme elle le désire et son ancien amoureux ne veut rien savoir d’elle. L’échange final est piteux (je paraphrase) :

– Mavis : « Je vois que vous êtes heureux ici, même si c’est une petite ville oubliée où il ne se passe rien. Je vous envie ».

– Une amie d’enfance : « Mavis, tu es la plus brillante d’entre nous. Ne reste pas ici, retourne dans la grande ville où tu redeviendras une vedette ».

– Mavis : « Merci. Tu me fais réaliser que mon destin n’est pas ici. Je dois retourner en ville et redevenir une vedette ».

– L’amie d’enfance : « Alors, emmène-moi avec toi ».

– Mavis : « Non, tu es née pour rester dans cette ville paumée ».

Égoïsme, élitisme, mépris des petites gens, mépris des petites villes, manque de profondeur, incapacité à se remettre en question. Comment un tel film a-t-il pu avoir la cote 4 ? Le problème, c’est que les films ne font pas que refléter les valeurs d’une société donnée, ils en font la promotion. Quelle image donne-t-on des gens qui vivent dans une sympathique petite ville, dans la simplicité volontaire et l’amour de la famille ? Poursuivre la lecture

Surconsommation et sur-gestion

Paru dans le Carnet des simplicitaires (simplicité volontaire). Capsule philosophique parue dans L’AQDR Express (auparavant La Force des sages).

La surconsommation met en danger la survie de la planète. Cette question est maintenant bien documentée au plan scientifique. Même au plan philosophique (les stoïciens, Épicure, Bergson…), la surconsommation ne trouve pas d’assise éthique.

La sur-gestion, l’excès de gestion, m’apparait devoir être dénoncée avec la même vigueur. Soi-disant à cause de la compétition, de nombreux gestionnaires s’acharnent aujourd’hui à la recherche de la moindre économie, souvent au détriment de la qualité de vie et de la santé du personnel. Dans le secteur public, ce sujet a fait l’objet d’analyses, comme celle de la Coalition solidarité santé, qui dénonce avec raison la méthode Toyota. Ce n’est pas vrai que, dans les services à la personne, on peut tout minuter et ne pas laisser de place à l’imprévu et à la nature humaine. Dans le secteur privé, le même mal sévit.

Épicure (342-270 av. J.C.)

Épicure (342-270 av. J.C.)

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Barrette, Habermas et l’éthique de la discussion

Paru sur les sites de l’Aut’journal, de Presse-toi-à-gauche et de Vigile. A paraître dans La Force des sages (AQDR).

Le grand philosophe allemand Jürgen Habermas, né en 1929, a décrit de façon éclairante les conditions d’un dialogue social fructueux. Premièrement, il faut que les interlocuteurs soient disposés dès le départ à changer d’opinion à la suite de l’échange. Deuxièmement, les interlocuteurs doivent avoir la capacité et le désir de se mettre dans la peau de l’autre, de voir les conséquences de leurs propres opinions sur l’autre. C’est ce qu’il appelle l’éthique de la discussion.

Habermas

Habermas

Malheureusement, avec le ministre Barrette, ce dialogue social s’avère systématiquement infructueux. Le ministre est sûr d’avoir toujours raison. Par exemple, à la Commission parlementaire sur le projet de loi 10 concernant les méga-fusions, il n’a pas pris en compte le contenu de 95 % des mémoires soumis. On a de plus en plus l’impression qu’il est inutile de faire des représentations auprès du ministre puisque son idée est déjà faite et qu’il n’en changera pas. Les temps sont durs pour l’éthique de la discussion, sous le ministre Barrette. Poursuivre la lecture

La philosophie et les femmes

Paru dans La Force des sages (AQDR) du 1er avril 2016.

Un sympathique ouvrage de philosophie vient de paraître sous le titre « La philosophie et les femmes », écrit par Jacques Senécal, professeur de philo, entre autres, à Éducation 3e âge du Collège Maisonneuve (éditions Cornac, 2016, 171 pp.). L’auteur tente de répondre à la question : pourquoi y a-t-il, historiquement, si peu de femmes en philosophie ? Il y décrit quelques mythes anciens concernant les femmes, retrace des éléments d’histoire et traite des féministes au masculin (les épicuriens, Descartes, Montesquieu, Condorcet, Fourier, etc.).

Il fait le portrait de femmes philosophes d’inspiration mystique (Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, etc.) ou méconnues (Christine de Pisan, Marie de Gournay, etc.). Enfin, il aborde trois grandes philosophes : Simone Weil (1919-1943), Hannah Arendt (1906-1975) et Simone de Beauvoir (1908-1986).

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La joie, pour aller plus loin que le bonheur…

Paru dans Le carnet des simplicitaires (simplicité volontaire) et sur les sites Vigile et Presse-toi-à-gauche. Billet aussi paru dans La Force des sages (AQDR).

Le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir nous régale d’un nouveau livre, pertinent, accessible et substantiel : La Puissance de la joie (Fayard, 2015, 212 pp.). Cette fois, il traite de la joie, un état plus profond que le plaisir et plus concret que le bonheur.  Comme retraités, nous recherchons parfois tout simplement la sagesse et ce que les anciens Grecs appelaient l’ataraxie, c’est-à-dire l’absence de souffrance. Lenoir nous invite à aller plus loin et à viser l’atteinte de la joie.

Dans sa quête, il s’inspire particulièrement de Spinoza, de Nietzsche et de Bergson. Et il y met du sien : il livre parfois un témoignage des difficultés ou des malheurs qu’il a vécus personnellement pour nous faire voir qu’il n’est pas un promoteur de la vie en rose.

Pour arriver à la joie, le chemin s’appelle attention, présence, méditation, confiance et ouverture du coeur, bienveillance, gratuité, gratitude, persévérance dans l’effort (son côté Foglia), lâcher-prise, consentement et jouissance du corps.

Frédéric Lenoir

Frédéric Lenoir

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Billet – Islam, hospitalité, souvenirs…

Billet paru dans La Force des sages (AQDR).

Mon premier contact plus approfondi avec l’islam a été la traversée sur le pouce du désert du Sahara, du nord au sud, à l’été 1968. J’avais 20 ans. Ce voyage m’a donné dès le départ une image très positive de cette religion et de ceux qui la pratiquent.

En fait, pour situer ce voyage, il faut préciser que j’ai enseigné en Afrique de l’ouest, au Togo, de 1967 à 1969, dans le cadre du SUCO, le Service universitaire canadien outre-mer. L’été 1968, j’ai voyagé avec un autre coopérant québécois, Francois, en Afrique de l’ouest. Nous avons pris un bateau entre Dakar, au Sénégal, et Casablanca, au Maroc. Nous sommes montés en Espagne puis nous avons pris un traversier pour Oran en Algérie (voir cartes plus bas). Le plus court chemin pour arriver à temps à la rentrée scolaire au Togo, c’était de traverser le Sahara en ligne à peu près droite vers le sud. Nous avons donc fait du pouce entre Alger, Ghardaïa, El Golea, In Salah, Tamanrasset et In Guezzam, à la frontière algéro-nigérienne, pour aboutir à Agadez (que tous ces noms sont évocateurs !).

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L’effort, à la retraite : une recherche de dignité

Paru sur les sites de L’Aut’journal, Vigile et Presse-toi-à-gauche. Capsule philosophique, parue dans La Force des sages (AQDR) du premier février.

On entend parfois des gens dire : « À la retraite, je vais me reposer, j’ai travaillé toute ma vie, il est temps que je ne fasse rien, en tous cas rien qui demande des efforts… » Pour certains, la retraite doit se limiter à l’hyper-consommation et au repos. Je ne partage pas cette description du projet idéal de retraite. Je crois que ce qui donne du sens à la vie, ce sont, entre autres, les efforts que l’on fait pour réaliser des choses et pour changer ce qu’on croit qui doit être changé, même si on est retraité. Je ne plaide pas pour le masochisme et pour la recherche de la souffrance : je mets de l’avant que la retraite doit également être un temps d’action et de réalisation. En fait, je me sens de l’école de Foglia.

Dans le passionnant livre de Marc-François Bernier, Foglia l’insolent (édito-Gallimard, 2015, 383 pp.), l’auteur rapporte que pour l’ex-chroniqueur de La Presse, il faut revenir à une éthique de l’effort : que ce soit à l’école (il fustige ceux qui se fichent de soigner leur orthographe et qui plaident pour une pédagogie de la facilité), que ce soit dans les sports (les sportifs de salon…), que ce soit dans la culture (il se désole de ceux qui refusent de faire un effort pour saisir une oeuvre un tant soit peu complexe), etc. Ce faisant, Foglia ne se situe pas du côté des conservateurs ou des nostalgiques qui veulent un retour à l’école de leur enfance, avec des maîtres imbécilement répressifs et une religion contrôlante. Il se situe plutôt du côté des philosophes les plus exigeants qui croient que c’est l’effort qui donne sa dignité à l’homme.  Comme on sait, Foglia est un grand moraliste, une espèce malheureusement menacée (voir chapitre 8 du livre).

Pierre Foglia

Pierre Foglia

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Deux nouveaux obstacles qui gênent le développement du bénévolat et du militantisme

Conclusion de l’intervention de Jacques Fournier, militant à l’AQDR, au Forum solidarité et engagement, organisé par l’Institut Mallet à l’Université Concordia le 14 octobre 2015.

Paru dans La Force des sages (AQDR) du 1er novembre 2015. Et sur les sites Vigile, l’Aut’journal et Presse-toi-à-gauche.

La troisième et dernière partie de ma présentation décrit deux nouveaux obstacles récents à la participation sociale des aînés.

1) A mon avis, le retrait progressif de l’État providence et la mise en place d’un État de plus en plus libéral nuit au développement du bénévolat dans le sens suivant. Il y avait auparavant certaines tâches relevant des services publics qui sont de moins en moins accomplies, des services publics qui sont de moins en moins rendus. On demande donc de plus en plus à des bénévoles, qui ne sont pas nécessairement qualifiés pour le faire, de rendre certains services qu’ils ne rendaient pas autrefois. Je prends un exemple concret. Une personne peut désirer faire des visites d’amitié, disons bimensuelles, à des personnes âgées isolées. Elle adore ce type de bénévolat. Mais il arrive que la bénéficiaire de la visite, ne recevant plus tel service de l’État, soit portée à demander gentiment à la personne bénévole de le faire à la place (exemple : pouvez-vous faire un peu de ménage, je n’ai pas les moyens de me payer les services de l’entreprise d’économie sociale en aide domestique, ou même, pouvez-vous m’aider à me laver, l’auxiliaire familiale du CLSC a été coupée, etc.). A l’AQDR, nous recevons des témoignages de coupures de services à tous les jours. Ces aimables demandes peuvent décourager la personne bénévole qui ne demandait qu’à faire une visite d’amitié. La bénévole va abandonner ses visites d’amitié : on ne contraint pas une bénévole. L’État ultra-libéral est-il en train de tuer la poule aux oeufs d’or du bénévolat ? Poursuivre la lecture

Comment favoriser l’engagement social des aînés

Présentation de Jacques Fournier, militant à l’AQDR, au Forum solidarité et engagement, organisé par l’Institut Mallet à l’Université Concordia le 14 octobre 2015.

Quelles sont les formes traditionnelles d’engagement des aînés ? Quelles sont les nouvelles formes d’implication ? Quelles pratiques innovantes favorisent leur engagement ? S’engagent-ils plus ou moins qu’auparavant ? S’engagent-ils différemment ? Comment les mobiliser davantage ? Quelles sont les contributions spécifiques des aînés au secteur de l’action bénévole et de l’engagement social ? Que nous réserve l’avenir ?

Voilà la belle panoplie de questions soumise aux trois panelistes. Je vais diviser ma présentation en trois points. Je vais d’abord résumer les éléments d’analyse que j’ai décrits dans Le Devoir du 5 août dernier sous le titre Peut-on accroître le militantisme et le bénévolat chez les aînés ? C’est probablement un peu la parution de cet article qui me vaut le plaisir d’être avec vous aujourd’hui.

Je vais ensuite tracer un portrait des « nouveaux » bénévoles en utilisant les données de l’excellente et toute récente étude intitulée « Un portrait du bénévolat d’aujourd’hui et de demain », par Andrée Sévigny, Danielle Lepage et Solange Proulx, de l’Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés de l’Université Laval (IVPSA).

Enfin, troisième et dernière partie, je vais décrire quelques-uns des nouveaux obstacles qui se dressent contre la participation sociale des aînés et examiner avec vous quels pourraient être les moyens de contrer ces obstacles. Poursuivre la lecture