Chronique du grand-père – Des moments magiques

Paru dans L’AQDR Express du 1er octobre 2016.

Avec ma petite-fille Ève, qui a cinq ans, j’ai découvert un nouveau jeu et passé des moments magiques. J’en fais part à tous les parents et grands-parents que je connais. Le jeu s’appelle Bisous-dodo (3 à 6 ans) et se termine par le dodo de l’enfant : on pige des cartes et quand les trois cartes drap, oreiller et doudou sont réunies, l’enfant va au lit. Mais en fait, on peut utiliser des variantes. Les cartes sont des dessins, il n’est pas besoin de savoir lire pour jouer.

Ainsi, quand on pige une carte où l’on voit un coeur sur un coude, l’enfant (ou le parent) donne un baiser sur le coude. S’il y a un coeur sur un genou, c’est un baiser sur le genou. Et s’il y a des coeurs partout, on donne des baisers partout. Il y a aussi le baiser-papillon (du bout des cils, en clignant des yeux), le baiser esquimau (en se frottant doucement le nez), la carte pour imiter le hibou, celle pour imiter le chat, la plume pour chatouiller, la carte des notes pour chanter une chanson, etc. Bref, quand je joue à Bisous-dodo avec Ève, c’est un festin de bisous variés. Elle n’est pas avare de son affection. Quand elle tire la carte bisous partout, c’est la fiesta. Elle rit sans arrêt. Grands-parents, courez acheter votre Bisous- dodo. Ève, puisses-tu rester aussi rieuse toute ta vie !

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Billet – Islam, hospitalité, souvenirs…

Billet paru dans La Force des sages (AQDR).

Mon premier contact plus approfondi avec l’islam a été la traversée sur le pouce du désert du Sahara, du nord au sud, à l’été 1968. J’avais 20 ans. Ce voyage m’a donné dès le départ une image très positive de cette religion et de ceux qui la pratiquent.

En fait, pour situer ce voyage, il faut préciser que j’ai enseigné en Afrique de l’ouest, au Togo, de 1967 à 1969, dans le cadre du SUCO, le Service universitaire canadien outre-mer. L’été 1968, j’ai voyagé avec un autre coopérant québécois, Francois, en Afrique de l’ouest. Nous avons pris un bateau entre Dakar, au Sénégal, et Casablanca, au Maroc. Nous sommes montés en Espagne puis nous avons pris un traversier pour Oran en Algérie (voir cartes plus bas). Le plus court chemin pour arriver à temps à la rentrée scolaire au Togo, c’était de traverser le Sahara en ligne à peu près droite vers le sud. Nous avons donc fait du pouce entre Alger, Ghardaïa, El Golea, In Salah, Tamanrasset et In Guezzam, à la frontière algéro-nigérienne, pour aboutir à Agadez (que tous ces noms sont évocateurs !).

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On n’était pas là pour se chicaner

Lettre parue dans Le Devoir du 21 octobre 2015.

Nous étions une dizaine d’amis, chez moi, lors de la soirée électorale. On a bien rigolé chaque fois que Tasha Kheiriddin parlait, on coupait le son, à cause du ton de sa voix. Il y avait moitié de pro-BQ et moitié de pro-NPD. Comme, pour la plupart, nous sommes amis depuis plus de 40 ans (le temps du Service universitaire canadien outremer, SUCO, en Afrique et en Amérique latine, le temps de la Presse Étudiante Nationale en 1965…), on n’était pas là pour se chicaner. On s’est déjà mutuellement pardonné bien des erreurs et des errances. Nous nous plutôt mutuellement consolés : les bloquistes consolaient les partisans du NPD lors de la dégringolade. Les pro-NPD se réjouissaient amicalement de l’élection de chacun des 10 bloquistes.

Tous, on a salué la défaite de Harper. On aurait tous préféré un gouvernement minoritaire. On espère que Justin va se montrer keynésianiste. On s’attend à ce qu’il provoque de nouveaux et incessants blocages (ou du mépris) dans la question nationale. On espère que Justin va disposer de la traduction simultanée en français lors de ses interventions pour qu’on le comprenne. On a versé une larme sur la défaite de Gilles. C’est l’ami Dominique qui a gagné la cagnotte (50 $) car il a mis de nombreux libéraux dans son pari.

On s’est consolés en mangeant du sucre à la crème, des abricots séchés, des amandes, du raisin frais et des Glosette aux raisins. Faut ce qu’il faut. On espère qu’il n’y aura pas une autre soirée électorale bientôt. A nos âges, on a de la misère à veiller tard.

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C’était il y a 50 ans. J’avais 17 ans.

Paru dans le Bulletin biannuel des Anciens du Collège Sainte-Marie.

En 1965, je terminais ma « Rhétorique » au Collège Sainte-Marie, un collège classique qui a fermé ses portes en 1969. Il était situé au coin Dorchester (René-Lévesque) et Bleury. La Rhétorique (6e année sur les 8 années du cours classique) était « l’année du Conventum ». Il était prévu et souhaitable que nous fêtions régulièrement : les 5 ans, les 10 ans, les 25 ans et les 50 ans du Conventum. Autant de retrouvailles que l’on veut.

Le vendredi 11 septembre dernier, le « Conventum 1965 » fêtait ses 50 ans. Ce fut une réussite. La soirée s’est ouverte par une courte allocution de notre président, Pierre Sanche, qui a remercié les participants — et les quelques participantes — de leur présence. Il a également remercié les dynamiques membres du comité organisateur de la soirée : Judy et Louis Michel Gratton, Jean-Pierre Casavant, Claude Bertrand, Pierre Lamarche, Pierre Poupart, Michel Pitre, Normand Talbot, Michel Archambault, Louis Legault, Serge Roy et Réal Lalande.

Trois morceaux constituaient le menu de la soirée. Nous avons d’abord eu le plaisir d’accueillir un professeur, M. Honoré Jean, 84 ans, qui avait enseigné à plusieurs élèves du Conventum 65 en Versification C (en 1962-63). Il avait, entre autres, fait découvrir le jeune Gilles Vigneault à ses élèves. M. Jean a résumé sa longue carrière d’enseignant. Il a eu cette belle phrase : « J’ai eu beaucoup de plaisir à enseigner à des jeunes élèves comme vous » (nous sommes restés jeunes).

Ensuite, le confrère Pierre Latulippe a déridé l’auditoire en lisant de larges extraits du règlement du Collège en 1957 : exercices religieux, interdictions nombreuses et variées, encadrement maximal des élèves, etc. Une autre époque ! Pierre nous a lu cela sur le ton des Cyniques, groupe bien connu à l’époque.

Enfin, le même Pierre a animé une session sur le thème : « Qu’auriez-vous fait si vous aviez choisi une autre carrière ? » sur l’air de la chanson de Claude Dubois « J’aurais voulu être un artiste ». Certains avaient envoyé des textes écrits que Pierre a lus. D’autres se sont exprimés de vive voix et c’était touchant de connaître certains parcours… plus atypiques. Et il était intéressant d’entendre que plusieurs avaient de nombreux nouveaux projets en cours. La vie commence à 67 ou 68 ans, c’est bien connu. Les quelques consoeurs présentes ont aussi témoigné.

Bref, ce fut une soirée réussie et nous nous sommes quittés pleins de nostalgie, comme il est d’usage. Comme je m’occupais du journal étudiant à cette époque, on m’a dit : « Jacques, tu vas faire le compte rendu pour le Bulletin biannuel des Anciens ». Alors, c’est ce que je viens de faire avec plaisir.

P.S. Ces retrouvailles sont aussi une occasion de penser aux confrères que la Grande Faucheuse a emportés. Je songe entre autres à Paul Rose, ex-felquiste. Un gars si discret, à l’époque.

Paul Rose en 1965.

Paul Rose en 1965.

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A y perdre son latin

Billet paru dans La Force des s@ges (AQDR) de février 2015.

Quia ego nominor leo (parce que je m’appelle lion). Parce qu’il a été élu de façon majoritaire, le gouvernement Couillard se croit tout permis et, de façon autoritaire, fait table rase d’acquis sociaux gagnés de haute lutte. Il procède rapidement, brusquement, sans vraiment consulter.

Cette locution latine, c’est probablement celle qu’emploierait mon ancien professeur de latin, Honoré Jean, qui m’a enseigné en 1962-63 au collège Sainte-Marie (1848-1969). Un an après ma retraite, en 2008, j’ai repris contact avec Honoré, quarante-cinq ans plus tard, pour le remercier de m’avoir ouvert au monde, alors que j’avais quinze ans. Aujourd’hui, je suis en contact régulier avec Honoré via Internet. On a du plaisir à casser ensemble du sucre sur le dos du gouvernement Couillard. On se taquine avec des bouts de phrases en latin — Google m’aide beaucoup.

Incidemment, au début de sa carrière politique, Philippe Couillard avait l’habitude d’émailler ses discours de citations latines et autres. Il ne le fait plus. Il a perdu ses humanités, peut-être même son humanité. Au printemps prochain, les Québécois iront ab irato (dans un mouvement de colère) manifester contre son gouvernement. Car Qui futuri sunt moliti (l’avenir appartient à ceux qui luttent). Sic.

Parce que je m'appelle lion.

Parce que je m’appelle lion.

Saint-Valentin 2014 – La farandole des jeunes amours

Une courte nouvelle, parue dans La Force des sages (AQDR), édition du 1er février 2014.

Il se souvient de ses premières blondes par paires. Il ne sait pas vraiment  pourquoi. L’une s’effaçait, l’autre arrivait. Il était donc toujours en amour. Il ne pouvait vivre une seule seconde sans être en amour. Parfois, c’est lui qui gommait l’une et l’autre arrivait rapidement, au galop. Parfois, c’est l’une qui choisissait de le radier de sa vie, ne lui laissant pas le choix de tomber en amour à toute allure avec l’autre. Vous direz : immature, trop jeune, il ne savait pas choisir, décider, s’engager. C’est qu’il y en avait trop, qu’elles étaient toutes belles, délicieuses ou intéressantes ou les trois. Il aimait aimer l’amour.

Dessin avec St-Valentin

Nicole et Danielle. Louise et Geneviève. Pauline et Christine. Et ces paires se liaient entre elles, inlassablement, comme dans une farandole infinie. Elles avaient 14 ans et lui 15. Nicole lui disait souvent : prends le temps de savourer, mange plus lentement. Elle avait bien raison. Il voyait le visage de Danielle quand il regardait les nuages dessinés dans le ciel : son premier test de Rorschach. C’est après l’avoir rencontrée qu’il a renoncé à sa vocation religieuse. Il apercevait parfois, brièvement, le temps d’un éclair, la petite culotte blanche de Louise quand elle s’assoyait dans l’herbe. Il était convaincu que c’était l’une de sept Merveilles du monde. Geneviève était dans le mouvement des guides et ils parlaient sagement de scoutisme. Mais il aimait bien danser langoureusement avec elle au son de Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy. Il désirait déjà épouser Pauline mais elle tenait bêtement à terminer ses études d’abord. Christine à qui c’était si bon de donner des french kiss et il se demandait quoi faire d’autre dans le vie que de l’embrasser goulument et inlassablement.

Michèle et Sylvie. Anne et Françoise. Catherine et Marie. Elles avaient 17 ans et lui 18. Michèle dont les petits seins ne remplissaient le soutien-gorge qu’avec l’aide de coussinets. Gros comme des oeufs au miroir, ils étaient tendres au superlatif. Sylvie voulait toujours aller au théâtre plutôt qu’au cinéma. Il aimait pourtant tellement tenir sa main dans le noir devant le grand écran. Anne lui demandait de l’aide pour faire ses travaux pratiques en biologie mais il constatait très vite qu’elle en savait plus que lui en la matière. Il prit rapidement conscience que Françoise était en fait amoureuse de l’un de ses frères et qu’il était le substitut. Pour lui, elle n’était pas un succédané, il l’aimait. Une histoire impossible. Quand Catherine et lui se baladaient en vélo, il sentait sur son corps un petit vent frais qui était le comble du bonheur. Marie avait des yeux si étincelants et doux qu’ils lui caressaient le visage.

L’une s’effaçait, l’autre arrivait à la hâte. Et ces paires se liaient entre elles, inlassablement, comme dans une farandole infinie. Il était toujours en amour. Il ne pouvait vivre une seule seconde sans être en amour. Il aimait aimer l’amour.

Pour la nostalgie, voir seize chroniques de la Saint-Valentin, parues entre 1994 et 2009, dans Le Devoir, La Presse, etc.

http://archives.aqdr.org/v_les_ecrits_de/w_fournier/saint_valentin.pdf

L’automne de la vie, le dessert de la vie…

A paraître dans Simpli-cité, la revue du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV). Thème : l’automne de la vie. Questions proposées : a-t-on réalisé ses idéaux de jeunesse ? Se réserve-t-on du temps pour parler avec des plus jeunes, les encourager, les soutenir et les guider ? Quel genre de testament spirituel les aînés-es offrent-elles pour la suite du monde ? Connaissez-vous des vieux qui sont inspirants ? Paru aussi dans La Force des sages (AQDR).

Le dessert de la vie…

Quelques réflexions, en vrac, inspirées par votre beau thème : l’automne de la vie.

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Poème en prose – Beaucoup de oui

Poème en prose (texte retrouvé en faisant du ménage)

Un début de nouvelle chronique de la St-Valentin ?

Pourquoi l’ai-je choisie, elle? Pas parce qu’elle était la plus belle. Parce qu’elle m’a dit oui. D’autres avant elle aussi m’avaient dit oui. Mais je m’en suis lassé, ou parfois je n’ai pas été assez attentif, j’ai été négligent devant l’amour qu’elles m’offraient. Aujourd’hui, je me sens piteux d’avoir agi ainsi.

Ce qui donne du sens au oui qu’elle me dit, c’est que plusieurs autres avant elle m’avaient dit non. Parfois avec tact. Parfois un peu brutalement. Je me suis, inévitablement, senti rejeté. On ne peut rester indéfiniment sur des non. Il faut beaucoup de oui dans la vie. Et des oui éclatants.

J’aime entendre ses oui. Ses ribambelles de oui, au milieu de son rire. Elle est encore toute étonnée que je l’ai choisie, elle. Jamais je ne lui dirai que j’ai eu si peur qu’elle dise non. D’ailleurs, elle me croirait fou de penser qu’elle aurait pu dire non. Mon oui avait pansé tant de blessures chez elle. Mon oui avait lavé tant de non minables qu’elle avait entendus.

 

Qu’est-ce qui est bon ?

Paru dans Le Passeur, revue de la Fédération québécoise du loisir littéraire, no 27, mars 2011.

Enfant, quand il ne voulait pas goûter un nouveau plat, sa mère lui disait : « Tu ne sais pas ce qui est bon ». Alors, il essayait. Et il découvrait que sa mère avait parfois raison de le bousculer un peu, de le forcer à sortir de ses habitudes.

Un jour, son père l’amena se promener en forêt.

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